* Quand donc s'arrêtera l'acharnement thérapeutique ?
Envoi N° 244 du 14/09/2011
Quand donc s’arrêtera l’acharnement thérapeutique ?
Dans un précédent « billet » (400 jours pour rien ? Pas si sûr… – 18-07-11), nous écrivions que la longue période passée à la recherche désespérée d’un gouvernement fédéral avait eu des aspects positifs, à notre sens. Et, en particulier :
« - les Wallons commencent à s’éveiller à la notion d’identité wallonne, fort confuse et même niée dans le passé
- En corollaire, un mouvement d’opinion est en pleine croissance en Wallonie, qui se caractérise par l’acceptation tranquille d’une fracture de l’Etat Belgique et le sentiment que les Wallonnes et les Wallons sont fort capables d’en sortir sans la Flandre … et sans la Belgique. »
Les derniers jours nous ont singulièrement confortés dans cette appréciation.
Nous avons vu, en effet, des personnalités politiques sortir du bois pour s’engager dans la voie de la raison et recommander d’en finir avec le mauvais cinéma proposé depuis bientôt 500 jours à l’opinion publique.
Il y a eu, tout d’abord, l’interview de François Perin, paru dans Le Soir du 5 août sous le titre sans équivoque « Finissons-en ! ». Nous y avons fait allusion à l’époque.
Moins fracassant mais plus symptomatique sans doute, fut le passage du premier discours du nouveau président du CDH, Benoît Lutgen, sur le thème des problèmes institutionnels. Citons notamment :
« Notre destin n’est pas de vivre au rythme des désirs, des projets et des calendriers fixés unilatéralement par des populistes et des nationalistes.
Ensemble, Francophones et Germanophones, Wallons et Bruxellois, construisons un projet de fierté et de prospérité. C’est la meilleure réponse à ceux qui ne veulent plus de notre pays »
Certes, ces propos sont fort policés. Mais il faut les situer dans le chef du tout nouveau dirigeant d’un parti où une bonne partie des militants, affiliés et électeurs a toujours manifesté une farouche fidélité à l’image quasi mystique de la Belgique. Benoît Lutgen a pris, le dimanche 4 septembre dernier, à Namur, un sacré virage, faisant savoir haut et clair que, comme commente « Le Soir », il « ne fera pas forcément un drame » de l’échec éventuel des négociations en cours.
Il rejoint presque, de la sorte, l’opinion exprimée voici quelques mois par le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, lequel, avec le robuste et paisible bon sens qui le caractérise, disait, lui aussi qu’en cas de fracture du pays, il accepterait sans le moindre émoi cette situation, estimant que la Wallonie pourrait fort bien s’en tirer par ses propres moyens.
Cependant, le gros pavé dans la mare est venu du Hainaut occidental. Il a été asséné par Guy Spitaels qui, on s’en souvient, assuma des fonctions du plus haut niveau à la tête du parti socialiste et… du gouvernement wallon.
Le 10 septembre dernier, il a accordé au « Soir » une fort longue interview. C’est un document d’une extrême importance. Et il mériterait d’être analysé dans sa totalité. Lucide, cohérent, objectif, Guy Spitaels, dans sa retraite de sa bonne ville d’Ath, suit visiblement de très près les négociations en cours et son constat est catégorique :
« … je suis très rétif au discours » Cédez ceci ou cela, sinon cela sera la catastrophe. On va perdre 15% de notre bien-être. Mais non ! Ca va recommencer dans un an et demi. Vous achetez un armistice pour 18 mois : c’est non !
Et :
« Elio mesure-t-il bien ce que veut le peuple flamand ? Sa stratégie est-elle de gagner du temps ? Je ne l’accable pas, mais la clarté maintenant n’est-elle pas aveuglante sur l’évolution de l’opinion en Flandre ? Et dès lors le moment n’est-il pas venu de nous demander : que voulons-nous ? Il faudrait avoir peur de perdre 15% de richesse en cas de rupture ? Quel sens y a-t-il à proférer cette menace ? La question que nous devons nous poser reste politique : vers quoi allons-nous ? »
Mais le moment fort de l’entretien c’est cette phrase :
« Je ne m’investis plus depuis longtemps dans la Belgique. »
Et cette étonnante précision :
« Je vois bien tous les avantages matériels que nous en avons. Mais cela ne suffit pas. Il faut aimer son pays pour qu’il ait une existence. Les Américains chantent leur hymne national la main sur le cœur, les Français sont fiers à mourir de leur patrie. Mais nous ? J’ai essayé de servir la Belgique comme vice Premier. Mais y suis-je affectivement attaché ? Je ne cherche pas de subterfuge, ma réponse est non »
Nous aurons probablement l’occasion de revenir sur d’autres passages de cette interview. Notamment sur les vues que défend Guy Spitaels en ce qui concerne l’avenir de la Wallonie, étant bien entendu que, pour lui, la rupture est inévitable.
Mais nous voulons terminer ce billet en faisant un lien avec ce que pensent les gens. Nous nous contenterons de relater, à ce sujet, ce qui fut dit lors de l’émission « C’est vous qui le dites ! » produite sur la chaîne « Vivacité » de la RTBf, le lundi 12. Le thème proposé était, précisément : « Comme Guy Spitaels , vous êtes-vous désinvesti de la Belgique ».
Le résultat de cette mini enquête a donné un peu moins de 60% de personnes partageant cette opinion. Et encore : il fallut un afflux soudain d’intervenants d’origine étrangère en fin d’émission pour faire baisser un pourcentage dépassant allègrement, jusque là, les 60%. Ces personnes issues de l’émigration, disant leur reconnaissance à la Belgique pour l’accueil qu’elle leur avait réservé, ce qui est tout à leur honneur.
Mais ne pinaillons pas sur quelques pourcents de plus ou de moins. Il en ressort, de toute manière qu’une majorité de Wallons et de Bruxellois, au cours de cette émission, ont exprimé en toute clarté leur acceptation, et même leur souhait d’en finir avec la Belgique.
Certes, ce n’était là qu’une émission ne pouvant même pas être présentée comme un sondage.
Il n’empêche : voici quelques mois la même émission avait interrogé les auditeurs et auditrices sur le même sujet. A l’époque, une écrasante majorité s’était prononcée contre l’éventualité de la disparition de l’Etat Belgique !
L’opinion évolue donc à grands pas. Nous nous permettons, en toute humilité, de nous en réjouir.
« Vivre en Wallonie » ASBL


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