L'avenir de la Belgique, à court, moyen et long termes (7)
Le « miracle » slovène à la présidence de l’Europe
Depuis le 1er janvier, la Slovénie occupe la présidence de l’Union européenne. Pendant 6 mois, c’est Ljubljana qui coordonnera les activités européennes. Une charmante capitale, au demeurant, qui vaut la peine d’être connue.
L’accession de ce pays aux commandes de l’édifice européen a été saluée, partout et par tous, avec une sympathie unanime. Le premier pays ex-communiste à assumer ces fonctions prestigieuses, pensez donc ! Et c’est bien vrai que c’est rafraîchissant : un petit pays, nouveau venu sur la scène européenne, qui s’intercale entre les mastodontes : l’Allemagne (80 millions d’habitants), hier, la France (60 millions d’habitants) dans 6 mois.
La Slovénie ?
République indépendante depuis 17 ans
2 millions d’habitants
Superficie : 20.250 km2 ( 2/3 de la Belgique)
Monnaie : l’Euro, depuis 1 an
Pourquoi donc nous soucions-nous, exceptionnellement, d’événements dépassant le cadre de nos frontières ?
Tout simple : la Slovénie s’est séparée de la Fédération yougoslave en 1991 et cela s’est effectué plutôt en douceur. A l’heure actuelle, l’ensemble des médias ne tarit pas d’éloges à son égard. Et les qualificatifs flatteurs ne manquent pas : « Suisse des Balkans », « miracle slovène », par exemple. Encore que des « miracles » on nous en présente sans arrêt depuis des décennies : des japonais, des italiens, des allemands, des irlandais, des hollandais, des finlandais, des danois… méfiez-vous, amis slovènes : ces « miracles » ont souvent précédé des débâcles dans les pages des journaux.
Donc ce Petit Poucet géographique, démographique, économique a superbement vécu sa séparation. Sans faire de bruit, il a confirmé, conforté, assuré son indépendance, à adopté une marche de Nation souveraine.
Que c’est beau, non ? Bien d’accord et nous applaudissons à l’unisson.
Et nous poursuivons par une toute petite remarque : comment se fait-il que tous ces admirateurs de la réussite slovène se gaussent de celles et de ceux qui dans notre pays osent rêver et, parfois, parler d’indépendance pour les 3 Régions qui constituent encore pendant on ne sait combien de temps, la Belgique ?
En Flandre, il y a bien longtemps que les pourfendeurs des velléités séparatistes ont été mis dans le coin. Allez dire de la Flandre qu’elle serait un « Etat lilliputien » en Europe serait une énorme sottise.
En Wallonie, par contre, l’idée d’une Nation indépendante est qualifiée d’absurde, malgré ses 3,3 millions d’habitants (plus d’1,5 fois la Slovénie). Et à Bruxelles (1 millions d’habitants), n’en parlons pas, rien qu’y penser serait considéré comme de la pure démence.
Et pourtant, le Grand-Duché de Luxembourg, qui a déjà présidé à de nombreuses reprises, et avec brio, la présidence de l’Europe compte une population inférieure de moitié à celle de Bruxelles. De même que Malte qui, un jour, elle aussi, présidera aux destinées de l’Europe. Quant à Chypre, on y dénombre 700.000 habitants, soit bien moins que Bruxelles, également.
Ce n’est pas la première fois, nous le savons, que nous citons ces chiffres et établissons ces comparaisons. Et nous savons que l’on nous brocardera à ce sujet, nous taxant de radotage. Eh bien, oui, nous continuerons à radoter à ce propos. Nous ne voyons pas pourquoi certains milieux applaudissent au succès de petites Nations mais repoussent avec force sarcasmes l’hypothèse d’un avenir possible pour une Wallonie indépendante. Et pour Bruxelles.
Nous ne prétendons pas que ce soit la solution idéale au problème national en Belgique. Nous affirmons, par contre, que c’est une possibilité à envisager et qui n’est pas plus farfelue qu’une autre, dans le long terme.
Nous n’en sommes pas là, pour l’heure. Mais l’évolution politique actuelle paraît bien se rapprocher de dénouements fort proches de cette éventualité. Quand Philippe Moureaux dit qu’il ne faut pas rejeter l’idée de la transformation de l’Etat fédéral actuel en un Etat confédéral, ce n’est pas du séparatisme, certes, sur le plan institutionnel. Mais ce l’est quand même quelque peu pour ce qui concerne l’existence côte à côte des communautés humaines qui composent la Belgique.
Encore faudra-t-il, si confédéralisme il y a, effectuer un fameux travail pédagogique auprès de la population pour que les citoyennes et citoyens sachent à peu près de quoi il s’agit. Mais ce n’est pas le seul domaine où les débats et affrontements politiques passent à des années lumières au-dessus de la tête du commun des mortels. Par défaut d’un discours simple et d’un souci médiatique d’éclaircissement.

