L'offensive des Régions (1)
Et J-C. Marcourt sonna la charge… !
Pour une fois, il ne faudra pas plonger dans de poussiéreuses archives pour illustrer les dangers des certitudes médiatiques démenties par les faits….
C’est une affaire de quelques jours, dans le cas qui nous occupe…
Le samedi 5 avril, le quotidien « Le Soir » publiait, dans le cadre d’une trilogie Bruxelles- Wallonie- Communauté germanophone, 2 pleines pages sous le titre « Wallons en quête d’un second souffle ». Le sous-titre donnait le ton général : « Percées régionalistes ? Dans le concert francophone actuel, la voix des régionalistes wallons a du mal à se faire entendre. Pire : à être crédible ».
Et les affirmations dans ce sens n’en finissaient pas de s’égrener tout au long des colonnes. Sortons-en quelques-unes :
- « … on ne sait plus ce qu’il faut dire des régionalistes wallons ou de ce qu’il en reste.(…) ils sont globalement (…) comme sclérosés, atones. En tous cas bien pâlots (…)
- « On est loin de la Wallonie des années 60 (….) A des années-lumière, enfin, des années 80 et de ses grandes gueules socialistes, les André Cools, Jean-Maurice Dehousse, José Happart, Van Cau, Robert Collignon, Bernard Anselme et consorts
- « … l’heure n’est plus wallonne au sein des partis du sud du pays, mais francophone.
- « Dans le grand concert sudiste teinté de pensée unique francophone, les voix discordantes (Van Cau, Happart, Collignon junior essentiellement) à défaut de s’éteindre totalement, se sont donc considérablement affaiblies. (…) Sans porte-voix, difficile de se faire entendre.
- « Envers et contre tout, les vieux dinosaures insistent. ( ;;;) Mais force est de constater qu’ils sont seuls, ou à peu près, à avoir entendu l’appel. Sans doute leur côté Jeanne d’Arc car, à vrai dire, de regain wallon, il n’y en a pas encore. Tout juste un léger souffle, mais quasi plus léger que l’air. Si peu que pas.
Nous ne nous priverons pas du plaisir de revenir sur quelques-unes des expressions imagées qui émaillent ces citations. Car la suite des événements est la plus éclatante réfutation que l’on ait pu imaginer pour pareils jugements péremptoires.
Le mercredi 9 avril, soit quatre jours après la parution de l’article cité plus haut, le même quotidien publiait une interview de Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Economie et de l’emploi.
Titre de l’article : « Marcourt, régionaliste pur ». Sous-titre : Les Régions sont, selon le ministre wallon de l’Economie, « les trois piliers de l’Etat fédéral ». La Communauté ? Un simple pont ».
Boum !
Les régionalistes auraient-ils trouvé un porte-voix ? Un peu moins léger que l’air, quand même. Et pas vraiment pâlot.
Dans une prochaine « Réflexion », nous reviendrons sur cette fulgurante réapparition d’une vision régionaliste et non plus communautaire francophone de l’Etat fédéral.
Car la prise de position du ministre wallon – dont il faudra mesurer de façon détaillée toute l’importance politique dans un prochain article – fut suivie, de très près, par 2 événements, de portée différente, certes, mais des plus significatifs.
Le 15 avril, à Namur, le groupe de réflexion sur l’avenir de la Région, présidé par José Happart et auquel participent les chefs de groupe des 4 partis démocratiques a tenu sa première réunion et compte déposer une résolution en juillet. Tiens ? Juste au moment où sont prévues, au fédéral, les grandes discussions à propos du « 2ème paquet » de la Réforme de l’Etat… Et on l’avait déjà carrément jeté aux oubliettes, ce groupe de réflexion, dans certains milieux goguenards…
Et 2 jours plus tard, le 17 avril, c’était la grosse artillerie : toujours dans « Le Soir », Charles Picqué, ministre- président de la Région bruxelloise et Rudy Demotte, son alter ego à la Région wallonne, cosignaient un texte affirmant que les Régions étaient les bases uniques d’une construction fédérale de l’Etat. Et la « Communauté française » ? Bof… on reste polis mais disons, bien gentiment, qu’elle peut demeurer comme « lien ». Et si elle disparaît, y aura rien de mal fait.
La voix des régionalistes wallons a du mal à être crédible, qu’il écrivait le Monsieur… Il lui faut quoi, alors, pour qu’ils soient crédibles. Une encyclique papale ? Une résolution du Comité de sécurité des Nations- Unies ?
En attendant, il semble bien que le « second souffle » régionaliste wallon ébranle vigoureusement le monde politique.

