Monsieur Kabila, bravo et merci !
A l’adresse de Monsieur Joseph Kabila, Président de la République démocratique du Congo
Notre association « Vivre en Wallonie » n’a pas du tout vocation d’émettre des avis sur la politique extérieure du royaume de Belgique. Dans notre pays champion de gymnastique dite « communautaire », il est déjà bien malaisé de s’y retrouver dans le flot d’informations, communiqués, déclarations, interviews, émaillant quotidiennement notre univers médiatico-politique.
Nous faisons une exception, aujourd’hui, à cette règle parce qu’il s’agit de votre pays, le Congo. Et que des milliers de Wallons (comme de Flamands et de Bruxellois, d’ailleurs…) y ont passé une période de leur existence. Et en parlent toujours avec chaleur, affection et … nostalgie.
Monsieur Kabila, ne tournons pas autour du pot : les propos que vous tenez dans le quotidien « Le Soir » de ce jeudi 4 avril nous emplissent de satisfaction. Face à l’arrogance hautaine de notre calamiteux ministre des affaires étrangères, Karel De Gucht, vous avez le ton mesuré, calme, précis, ferme, intelligent d’un homme qui doit répondre de l’avenir de plusieurs dizaines de millions de ses compatriotes. Et de leur dignité.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, fondamentalement, n’est-ce pas, Monsieur Kabila ? Vous refusez que votre pays, que le peuple congolais, soient maintenus sous la tutelle de la belle-mère Belgique. Vous dites, simplement, sans grandes envolées lyriques, sans diatribes vengeresses, que les relations maîtres- esclaves, c’est fini.
Nous applaudissons, Monsieur le président. Avec ferveur.
Mais, sans doute, M. De Gucht ne possède-t-il pas les facultés intellectuelles indispensables pour assimiler ces notions élémentaires de démocratie et de droit des peuples. De même que, comme vous le savez sans doute, nous, Wallons, n’avons pas les capacités linguistiques nécessaires pour parler flamand.
Monsieur le Président,
Nous sommes un peu déçus lorsque vous prenez la peine d’expliquer le choix que vous avez fait de conclure des contrats avec la république populaire de Chine. De quel droit M. De Gucht vous demande-t-il des comptes ? Pendant plus d’un siècle, l’Union Minière, société de droit belge, a exploité les richesses et la force de travail du Congo pour accumuler des profits fabuleux. Elle offrit même ses chambres frigorifiques aux assassins de Patrice Lumumba pour y dissimuler les dépouilles de ce héros des droits des peuples et de ses compagnons. A l’heure actuelle, les charognards de la finance essaient de continuer à dépecer votre patrimoine, sans le moindre souci pour le bien-être des populations . Et souvent à leur encontre.
La Chine a conclu avec votre pays des contrats qui partent d’un tout autre principe. En contrepartie de la mise en valeur de vos richesses naturelles, elle s’engage à développer votre réseau routier, vos infrastructures ferroviaires, hospitalières, scolaires. N’est-ce pas là un modèle de coopération respectant les intérêts, à long terme, des 2 parties ? Si M. De Gucht en éprouve de la mauvaise humeur, aujourd’hui, il aurait dû penser à vous proposer la même chose hier…
Quand M. De Gucht vous tance comme un écolier à propos de la bonne ou de la mauvaise gouvernance, Monsieur Kabila, dites-lui, gentiment (ou non…), de regarder dans son assiette belge. Notre merveilleux pays de gouvernance exemplaire est resté 9 mois sans gouvernement et celui qui a été constitué n’est qu’un édifice brinquebalant, de bric et de broc, appelé à s’écrouler au moindre souffle de vent du Nord. Nous avons vraiment des leçons à vous donner à ce sujet ? Allons donc ! Le moindre sondage d’opinion à ce sujet provoquerait un énorme éclat de rire dans nos cités et nos campagnes.
Il parle de corruption et d‘enrichissement personnel, M. De Gucht… Il n’est pas gêné ? Pendant plusieurs décennies, la Belgique a soutenu, aidé, enrichi un des pires et des plus sanglants dictateurs du 20ème siècle. Jusqu’à lui fournir la caution monarchique du détenteur de la fonction royale de l’époque. Le pillage des richesses congolaises, pour le plus grand profit de Mobutu, tandis que le peuple congolais s’enfonçait dans la plus désespérée des misères, cela n’a jamais perturbé le sens moral des gouvernements belges.
Peut-être M. De Gucht, dans ses fantasmes post-coloniaux, regrette-t-il le « temps béni des colonies » et rêve-t-il d’un retour à l’ère des parachutages de troupes sur Kolwézy. Et à l’embauche de mercenaires de sac et de corde contre les révolutionnaires.
M. Kabila, il y a peut-être, malgré tout, un aspect positif à cette effarante leçon de démocratie et de bonne gouvernance que le professeur De Gucht a jugé bon de vous donner, voici quelques jours. Ce moment sublime de diplomatie belgo-coloniale vous a permis de comprendre pourquoi, dans notre petit pays en voie de liquéfaction, les attitudes, les discours et les actes marqués par l’arrogance, l’insolence et le mépris provoquent des réactions et des conflits difficilement compréhensibles à l’étranger.
Vous, désormais, vous savez. Et nous vous remercions, Monsieur le Président, d’avoir averti, sans ambages, M. De Gucht, que « te veel is te veel », que l’ère des protectorats était close et que le Congo, Etat souverain, exigeait d’être traité en tant que tel. Dans toutes les langues, même le flamand.

