L'offensive des Régions (5)
Culture et enseignement : le nœud du problème
Nous avons eu le plaisir de recevoir un courriel du Ministre fédéral, Charles Michel, en charge de la Coopération au Développement. Ce message nous est adressé en réaction à notre série « L’offensive des Régions ». Il précise les positions du Ministre à propos du débat engagé ces derniers mois sur l’avenir institutionnel de la Wallonie et de la Région bruxelloise.
Nous reproduisons intégralement ce texte.
« La question de la réforme des institutions francophones a fait un salutaire retour dans l’agenda institutionnel. Depuis longtemps déjà, le MR souhaite une clarification de la situation au sud du pays et ce en bonne compréhension des impératifs de crédibilité et de cohérence qui s’imposent dans le cadre des négociations fédérales.
Cette réflexion a lieu au Parlement wallon et dans le cadre de la Commission Wallonie- Bruxelles. Il faut que des conclusions claires ressortent de ces fora. J’y serai particulièrement attentif ».
Nous remercions vivement M. Charles Michel d’avoir tenu à nous faire connaître ses convictions, ainsi qu’à nos lecteurs. Nous nous permettrons de relever, dans ce courriel, ce qui affirme une volonté très nette de participation à une réflexion en profondeur sur la place, l’importance et le rôle des Régions, mais aussi ce qui, de façon évidente, différencie le Ministre des avis que nos articles ont mis en exergue.
Nous constatons, avec grande satisfaction, que le MR confirme être partie prenante d’une « réforme des institutions francophones », résultant des travaux non seulement de la Commission Wallonie- Bruxelles mais aussi du groupe de réflexion mis en place par le Parlement wallon. Et il est vrai que cette « clarification au sud du pays » peut jouer un rôle décisif dans les négociations institutionnelles attendues au niveau fédéral.
Autre précision d’importance : la reconnaissance du « fait régional » comme « réalité évidente et incontournable ». Quant à la consolidation de la solidarité entre les francophones, nous pensons qu’elle n’a jamais été remise en question par quiconque.
Il en va de même d’une synergie interrégionale pour « ce qui concerne les relations entre la politique de l’enseignement et celle de l’emploi »
Par contre où une divergence de taille apparaît de façon incontestable, c’est sur la question des compétences régionales en matière de culture et d’enseignement. Pour M Charles Michel, il ne devrait y avoir aucune différenciation à ce propos entre Bruxellois francophones et Wallons.
Ce n’est évidemment pas l’avis des « régionalistes » wallons et bruxellois pour qui, au contraire, les Régions doivent pouvoir, chacune, maîtriser pleinement ces matières afin de mener une véritable politique de développement correspondant à leurs spécificités propres.
Et, en vérité, peut-on nier que les réalités culturelles entre Bruxelles, et son bouillonnement de cultures, et la Wallonie, riche de l’Histoire sociale dont elle est imprégnée, sont différentes ? N’en est-il pas de même pour les solutions à apporter au problème crucial de l’emploi par une meilleure adaptation de l’enseignement, les conditions sociologiques n’étant pas identiques d’une Région à l’autre ? Ce qui n’empêche nullement la synergie dont il est question plus haut.
Cette revendication de régionalisation de la culture et de l’enseignement est le cheval de bataille, depuis des années, des associations et personnalités porteuses du projet d’une Wallonie bâtissant son avenir en toute autonomie. Nous avons cité quelques-unes de ces prises de position dans de précédentes « Réflexions ». Il en est d’autres qui feront l’objet de prochains articles.
Cela dit, nous nous réjouissons de ce que le Ministre Charles Michel ait pris la peine d’intervenir clairement sur ce sujet. La démocratie, c’est, aussi, la franche confrontation d’opinions diverses.

