L'offensive des Régions (8)
Envoi N° 171 du 16/06/2008
Pierre Kroll a raison. J.C. Marcourt aussi
Pierre Kroll est, sans contestation possible, le politologue le plus futé de notre surprenant et hilarant royaume de Belgique. Là où des cohortes de femmes et d’hommes politiques, d’universitaires, de constitutionnalistes, d’experts en tout ce qu’on veut, de « sages » de tout acabit se cassent la figure, soit contre la réalité, soit l’un contre l’autre, lui, d’emblée, en quelques minutes d’imagination et une heure de coups de crayon, il vous trouve la solution.
Cette fois, c’est du génie à l’état pur.
On vous annonce, comme un coup de poing dans la figure, qu’en compensation du tronçonnage de BHV (c’est quoi, ça, maman, le « béat achevé », on le voit au zoo d’Anvers ?), on pourrait créer un large sentier (2,5 kms de large quand même, sur une longueur de 3,5kms) au prix de l’abattage de quelques centaines de hêtres de la Forêt de Soignes dont la vente grossirait le coffre-fort flamand. De cette manière, les Bruxellois et les Wallons disposeraient, sur le territoire de Rhode St Genèse, d’un cordon ombilical leur permettant de ne pas perdre les liens affectueux sinon incestueux d’une origine commune – qu’ils disent, les dames et messieurs, là-bas, très loin au-dessus de Waterloo morne plaine, des terres marécageuses des Eperons d’or ou des forêts de la bataille des Ardennes.
Bon, c’est certain, Adrien Joveneau applaudirait : ça ferait un sacré sympa terrain de rassemblement pour un départ ou une arrivée du « Beau vélo de Ravel » - voir et, surtout, écouter notre vielle amie « Vivacité », cette rafraîchissante chaîne radio de la RTBf. Mais c’est quand même un peu léger comme motivation politique.
Pierre Kroll, lui, il a saisi l’affaire au vol, l’a analysée dans sa caboche au raisonnement « bon sens populaire », en a saisi l’immensité ridicule et y a proposé, d’emblée, une alternative.
Les Flamands, ils ne voudront jamais laisser un centimètre carré de leur sol sacré sur lequel pourrait être planté ne fût-ce qu’un drapelet papier de ducasse qui ne soit pas un lion noir rugissant sur fond or. Donc, puisque l’idée du cordon Bruxelles- Wallonie est là, creusons, non pas seulement la faisabilité du projet, mais le sol lui-même. Dans « Le Soir » de ce lundi 16 août, il nous livre le fruit de ses recherches artistico-politico-sociologiques : « Pourquoi pas un tunnel ? » qu’il propose. Avec l’explication écrite, et illustrée comme il se doit : « Le sol reste flamand » au dessus, et, en bas, Didier, Joëlle et Elio, cheminant tout courbés et pas très heureux d’apparence, dans un boyau avec mention : « Mais on passe en dessous ».
Pas idiot, non ?
Problème, malgré tout… Le « droit du sol », ça vaut aussi pour le sous-sol ? Jusqu’à quelle profondeur ? Notez, ce n’est pas un vrai problème. Envisageons que Bart De Wever et Dedecker, et le VB affirment que le caractère flamand de l’écorce terrestre est indiscutable jusqu’à mille mètres sous la surface de Rhode St Genèse. Eh bien, on mobilise les anciens ouvriers et ingénieurs mineurs du Limbourg et de Wallonie et on leur refile le boulot. En 2 ans, ils vous creuseront un puits bien profond, avec un « bougnou » où l’on pourra faire l’élevage de pièces rares de batraciens et de poissons préférant l’obscurité à la lumière, on creusera une belle et large avenue souterraine dotée des plus récentes trouvailles en matière de résistance des matériaux, de stabilité des sols, de système d’aération, d’éclairage et, plus généralement, de production d’électricité alimentée par l’écoulement des eaux d’exhaure, phénomène inhérent à ce type de travaux.
Et tout, nickel ! Jeux de lumières sur les parois du puits, ascenseurs (en remplacement de la cage assez inconfortable des mineurs d’antan) capitonnés avec vue sur le défilé des poutres et panneaux de blindage, location d’espaces publicitaires dans le grand et majestueux tunnel krollien, avec vaporisation délicate de parfums favorisant la rêverie dans des convois électromotorisés silencieux, et arrêts chaleureux dotés de bars offrant aux visiteurs et passants les meilleures boissons concoctées sur tous les continents.
Un rêve… et, du même coup, on réaliserait un bon coup touristique, tout en assurant ce fameux « lien territorial Bruxelles- Wallonie » qui, paraît-il, est indispensable à la survie des 2 Régions. Comme si, du fait de l’éclatement de la Belgique, les Flamands allaient stopper les liaisons ferroviaires Wallonie-Bruxelles-Zaventhem et bloquer les routes et autoroutes assurant l’accès à la capitale de l’Europe (et de la Belgique, bien sûr, tant qu’elle existe…)
Le Grand Duché de Luxembourg, avec une population de moitié moins importante que la Région bruxelloise, avec un potentiel économique nettement moindre, n’a nul besoin d’un « couloir » ou d’un « tunnel » pour avoir accès au monde entier. Et il ne s’en porte pas vraiment mal…
Bon, avouons-le, on s’est bien amusé. On aurait voulu, dans la foulée, passer aux choses un peu plus sérieuses – encore que nous estimions les découvertes décapantes de Pierre Kroll fort pertinentes- et nous intéresser à un événement d’actualité dont nous avons appris la proximité immédiate dans « Le Soir » de ce samedi 14 juin : la remise des rapports des sous-groupes du « Groupe Wallonie- Bruxelles », chargés de présenter un projet cohérent d’avenir pour une Fédération Wallonie- Bruxelles ou…. pour autre chose.
Selon ce que dévoile le quotidien cité plus haut, le contenu de ces rapports, où la place et les compétences des Régions seraient affirmées et renforcées, iraient tout droit dans la ligne de pensée de Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l’Economie et de l’Emploi, dont les déclarations, en avril dernier, avaient fait l’effet d’un coup de tonnerre, par son affirmation de la primauté des Régions dans tout le processus institutionnel en cours.
Ce sera l’objet de notre prochaine « Réflexion ».
L’offensive des Régions (8)
Pierre Kroll a raison. J.C. Marcourt aussi
Pierre Kroll est, sans contestation possible, le politologue le plus futé de notre surprenant et hilarant royaume de Belgique. Là où des cohortes de femmes et d’hommes politiques, d’universitaires, de constitutionnalistes, d’experts en tout ce qu’on veut, de « sages » de tout acabit se cassent la figure, soit contre la réalité, soit l’un contre l’autre, lui, d’emblée, en quelques minutes d’imagination et une heure de coups de crayon, il vous trouve la solution.
Cette fois, c’est du génie à l’état pur.
On vous annonce, comme un coup de poing dans la figure, qu’en compensation du tronçonnage de BHV (c’est quoi, ça, maman, le « béat achevé », on le voit au zoo d’Anvers ?), on pourrait créer un large sentier (2,5 kms de large quand même, sur une longueur de 3,5kms) au prix de l’abattage de quelques centaines de hêtres de la Forêt de Soignes dont la vente grossirait le coffre-fort flamand. De cette manière, les Bruxellois et les Wallons disposeraient, sur le territoire de Rhode St Genèse, d’un cordon ombilical leur permettant de ne pas perdre les liens affectueux sinon incestueux d’une origine commune – qu’ils disent, les dames et messieurs, là-bas, très loin au-dessus de Waterloo morne plaine, des terres marécageuses des Eperons d’or ou des forêts de la bataille des Ardennes.
Bon, c’est certain, Adrien Joveneau applaudirait : ça ferait un sacré sympa terrain de rassemblement pour un départ ou une arrivée du « Beau vélo de Ravel » - voir et, surtout, écouter notre vielle amie « Vivacité », cette rafraîchissante chaîne radio de la RTBf. Mais c’est quand même un peu léger comme motivation politique.
Pierre Kroll, lui, il a saisi l’affaire au vol, l’a analysée dans sa caboche au raisonnement « bon sens populaire », en a saisi l’immensité ridicule et y a proposé, d’emblée, une alternative.
Les Flamands, ils ne voudront jamais laisser un centimètre carré de leur sol sacré sur lequel pourrait être planté ne fût-ce qu’un drapelet papier de ducasse qui ne soit pas un lion noir rugissant sur fond or. Donc, puisque l’idée du cordon Bruxelles- Wallonie est là, creusons, non pas seulement la faisabilité du projet, mais le sol lui-même. Dans « Le Soir » de ce lundi 16 août, il nous livre le fruit de ses recherches artistico-politico-sociologiques : « Pourquoi pas un tunnel ? » qu’il propose. Avec l’explication écrite, et illustrée comme il se doit : « Le sol reste flamand » au dessus, et, en bas, Didier, Joëlle et Elio, cheminant tout courbés et pas très heureux d’apparence, dans un boyau avec mention : « Mais on passe en dessous ».
Pas idiot, non ?
Problème, malgré tout… Le « droit du sol », ça vaut aussi pour le sous-sol ? Jusqu’à quelle profondeur ? Notez, ce n’est pas un vrai problème. Envisageons que Bart De Wever et Dedecker, et le VB affirment que le caractère flamand de l’écorce terrestre est indiscutable jusqu’à mille mètres sous la surface de Rhode St Genèse. Eh bien, on mobilise les anciens ouvriers et ingénieurs mineurs du Limbourg et de Wallonie et on leur refile le boulot. En 2 ans, ils vous creuseront un puits bien profond, avec un « bougnou » où l’on pourra faire l’élevage de pièces rares de batraciens et de poissons préférant l’obscurité à la lumière, on creusera une belle et large avenue souterraine dotée des plus récentes trouvailles en matière de résistance des matériaux, de stabilité des sols, de système d’aération, d’éclairage et, plus généralement, de production d’électricité alimentée par l’écoulement des eaux d’exhaure, phénomène inhérent à ce type de travaux.
Et tout, nickel ! Jeux de lumières sur les parois du puits, ascenseurs (en remplacement de la cage assez inconfortable des mineurs d’antan) capitonnés avec vue sur le défilé des poutres et panneaux de blindage, location d’espaces publicitaires dans le grand et majestueux tunnel krollien, avec vaporisation délicate de parfums favorisant la rêverie dans des convois électromotorisés silencieux, et arrêts chaleureux dotés de bars offrant aux visiteurs et passants les meilleures boissons concoctées sur tous les continents.
Un rêve… et, du même coup, on réaliserait un bon coup touristique, tout en assurant ce fameux « lien territorial Bruxelles- Wallonie » qui, paraît-il, est indispensable à la survie des 2 Régions. Comme si, du fait de l’éclatement de la Belgique, les Flamands allaient stopper les liaisons ferroviaires Wallonie-Bruxelles-Zaventhem et bloquer les routes et autoroutes assurant l’accès à la capitale de l’Europe (et de la Belgique, bien sûr, tant qu’elle existe…)
Le Grand Duché de Luxembourg, avec une population de moitié moins importante que la Région bruxelloise, avec un potentiel économique nettement moindre, n’a nul besoin d’un « couloir » ou d’un « tunnel » pour avoir accès au monde entier. Et il ne s’en porte pas vraiment mal…
Bon, avouons-le, on s’est bien amusé. On aurait voulu, dans la foulée, passer aux choses un peu plus sérieuses – encore que nous estimions les découvertes décapantes de Pierre Kroll fort pertinentes- et nous intéresser à un événement d’actualité dont nous avons appris la proximité immédiate dans « Le Soir » de ce samedi 14 juin : la remise des rapports des sous-groupes du « Groupe Wallonie- Bruxelles », chargés de présenter un projet cohérent d’avenir pour une Fédération Wallonie- Bruxelles ou…. pour autre chose.
Selon ce que dévoile le quotidien cité plus haut, le contenu de ces rapports, où la place et les compétences des Régions seraient affirmées et renforcées, iraient tout droit dans la ligne de pensée de Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l’Economie et de l’Emploi, dont les déclarations, en avril dernier, avaient fait l’effet d’un coup de tonnerre, par son affirmation de la primauté des Régions dans tout le processus institutionnel en cours.
Ce sera l’objet de notre prochaine « Réflexion ».
« Vivre en Wallonie » ASBL

