L'offensive des Régions (12)
Envoi N° 175 du 09/07/2008
La « loi du nombre » = la mise à mort de l’Etat Belgique
Les propos que tient, de temps à autre, le Président du Parlement wallon, José Happart, ne sont pas toujours appréciés parce qu’ils sont, parfois, marqués du sceau d’une hargne wallingante d’un subjectivisme irritant.
Mais, ce coup-ci, c’est sa réaction aux propos de Karel DeGucht (De Standaard – 05-07-08) qui paraît la plus juste, la plus appropriée et, pour tout dire, la plus élémentaire. Il est même assez malaisé de comprendre l’extrême timidité des femmes et hommes politiques bruxellois et wallons devant la brutalité de langage (ça, c’est pour la forme) et l’arrogance dominatrice (c’est pour le fond) du ministre des Affaires étrangères du royaume de Belgique.
Karel De Gucht a son style. Il ne fait pas dans la dentelle quel que soit son interlocuteur : Laurent Kabila ou le peuple wallon. Cela plaît à son électorat, semble-t-il, et c’est, sans doute, son tempérament. Fort bien. Autant savoir à quoi s’en tenir.
Ce n’est pas une raison pour que l’interlocuteur courbe l’échine et ne réplique pas avec la même vigueur. Or, si l’on excepte la réaction de José Happart, les commentaires « francophones » ( !?) sont d’une mièvrerie affligeante.
Non, excuse : Olivier Maingain a rétorqué en force en faisant remarquer que si la loi du nombre, évoquée par De Gucht, était appliquée dans la Région bruxelloise, la représentation flamande serait réduite à sa juste proportion, c'est-à-dire à pas grand chose. Perspective qu’il faudra, de toute manière, envisager un jour ou l’autre, même –et surtout- si la Flandre s’obstine avec une incroyable opacité cérébrale à faire de Bruxelles sa capitale.
José Happart, assène lui aussi une logique imparable : si la partie flamande, dans la confrontation institutionnelle, annonce que, quoi qu’il en soit, c’est le NOMBRE, c’est-à-dire les 57% de citoyens, dénommés « Belges » néerlandophones, qui imposera sa loi aux 43% de Bruxellois et Wallons décrétés « francophones », on ne voit pas pourquoi il faudrait poursuivre ces palabres.
Avec comme conséquence que, si la Flandre adopte cette attitude totalitaire du nombre, c’est le fondement même de l’Etat Belgique qui est pulvérisé. Car, dans le cas de majorités parlementaires basées sur la suprématie du Nord contre le Centre et le Sud, il n’existe plus de possibilité de gouvernement fédéral. C’est la mort accélérée de l’Etat fédéral – de l’Etat Belgique tout court.
Faut pas envisager cette perspective comme une catastrophe mondiale. Et même, De Gucht, avec ses propos provocateurs électoralistes (juin 2009, c’est tout près, tous près…) il rend, en fait, un fieffé service à la compréhension des positions, des enjeux et des options à envisager dans un proche avenir.
Heureusement, du côté bruxellois et wallon, on a fini, quand même, par comprendre que « nous ne sommes demandeurs de rien » c’était peut-être une attitude d’une très grande noblesse romantique mais que, dans la réalité politique, cela ne pouvait pas être une position tenable. Et que l’avenir institutionnel, poussé au pas de charge par la volonté flamande d’indépendance, pourrait fort bien s’emballer et foncer dans le mur en l’absence de solution envisagée par les mandataires bruxellois et wallons. Ce qui leur serait reproché, avec raison, par l’électorat.
C’est dans ce contexte que les propositions du tandem Picqué- Demotte, dévoilées dans « Le Soir » du 17 avril dernier, venant après la prise de position du ministre wallon Jean-Claude Marcourt en faveur de la primauté absolue des Régions, revêtent une importance considérable, même si, dans leur forme actuelle, elles s’inscrivent toujours dans un cadre de maintien d’un Etat fédéral. Ce qui, en toute honnêteté, semble bien près d’être fort rapidement dépassé…
Mais enfin, c’est déjà un formidable progrès. Et une base pour l’édification de ce qui résultera d’un éventuel éclatement du pays.
Soulignons les points forts des propositions des ministres- présidents des Régions bruxelloise et wallonne :
« (…) certains prônent un modèle de fusion où une entité francophone homogène ferait face à la Communauté flamande.
C’est nier l’importance des Régions qui se sont imposées comme la réalité de référence pour les Wallons et les Bruxellois et qui ont développé une stratégie de redéploiement durable pour chacune des 2 entités ».
Et, donc, finissons-en d’inventer une Nation ou un Etat « francophone ». D’autant plus que
« (…) la Région bruxelloise n’est pas exclusivement francophone – c’est, d’ailleurs, l’un de ses atouts- et que la Région wallonne ne l’est pas davantage puisqu’elle compte, aussi, des citoyens de langue allemande ».
Une évidence que nous ne nous lassons pas de rappeler depuis une éternité dans nos « Réflexions », nos lectrices et lecteurs peuvent en témoigner.
Réaffirmation de la prééminence des Régions :
« (…) une identité régionale forte existe et s’est sensiblement affirmée, dans la sérénité et l’ouverture, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Le fait régional y est devenu incontournable et s’y affirme de manière décomplexée comme l’antithèse du repli.
(….)
L’affirmation de 2 Régions solidaires, égales en statut, guide nos propositions ».
Et, par conséquent :
« Seule une Belgique fédérale, construite à partir de 3 Régions fortes, établies sur pied d’égalité, permettra d’atteindre un équilibre institutionnel mature et satisfaisant pour tous »
Ce qui ne convient pas du tout à la majorité des mandataires politiques flamands qui nient Bruxelles en tant que Région. Tel Kris Peeters, ministre- président du gouvernement flamand :
« Ma vision de la Belgique ? Un Etat avec 2 entités fédérées. La Région bruxelloise n’est pas une Région comme les autres »..
L’aveuglement politique, ça existe. Comme l’obscurantisme philosophique. Et ils se cassent régulièrement la figure. Il a quand même bien fallu admettre que la Terre était ronde et tournait autour du Soleil et sur elle-même, bien que les plus hautes autorités religieuses aient interdit, à l’époque, sous menace de bûcher, ne fût-ce que de le suggérer…
La conclusion du texte Demotte- Picqué remis à la Commission Wallonie- Bruxelles est d’une simplicité rafraîchissante :
« Seules des Régions wallonne et bruxelloise fortes, établies sur un pied d’égalité, permettront aux Wallons et aux Bruxellois de se fédérer et d’organiser de façon efficace les synergies et solidarités auxquelles ils aspirent au service de leurs intérêts communs et respectifs.
Une Fédération birégionale Wallonie -Bruxelles sera ce trait d’union équitable et efficace dont nous avons besoin ».
C’est l’option Fédération Wallonie- Bruxelles, laquelle semble bien avoir les faveurs d’une partie importante de l’opinion bruxelloise et wallonne. Ce n’est cependant qu’une des alternatives envisagées. Faudra-t-il, comme certains le souhaitent, réunir des Etats généraux de Wallonie pour confronter les points de vue ? Mais… quelles seraient la composition et la représentativité réelle de ces Etats généraux ?
L’offensive des Régions (12)
La « loi du nombre » = la mise à mort de l’Etat Belgique
Les propos que tient, de temps à autre, le Président du Parlement wallon, José Happart, ne sont pas toujours appréciés parce qu’ils sont, parfois, marqués du sceau d’une hargne wallingante d’un subjectivisme irritant.
Mais, ce coup-ci, c’est sa réaction aux propos de Karel DeGucht (De Standaard – 05-07-08) qui paraît la plus juste, la plus appropriée et, pour tout dire, la plus élémentaire. Il est même assez malaisé de comprendre l’extrême timidité des femmes et hommes politiques bruxellois et wallons devant la brutalité de langage (ça, c’est pour la forme) et l’arrogance dominatrice (c’est pour le fond) du ministre des Affaires étrangères du royaume de Belgique.
Karel De Gucht a son style. Il ne fait pas dans la dentelle quel que soit son interlocuteur : Laurent Kabila ou le peuple wallon. Cela plaît à son électorat, semble-t-il, et c’est, sans doute, son tempérament. Fort bien. Autant savoir à quoi s’en tenir.
Ce n’est pas une raison pour que l’interlocuteur courbe l’échine et ne réplique pas avec la même vigueur. Or, si l’on excepte la réaction de José Happart, les commentaires « francophones » ( !?) sont d’une mièvrerie affligeante.
Non, excuse : Olivier Maingain a rétorqué en force en faisant remarquer que si la loi du nombre, évoquée par De Gucht, était appliquée dans la Région bruxelloise, la représentation flamande serait réduite à sa juste proportion, c'est-à-dire à pas grand chose. Perspective qu’il faudra, de toute manière, envisager un jour ou l’autre, même –et surtout- si la Flandre s’obstine avec une incroyable opacité cérébrale à faire de Bruxelles sa capitale.
José Happart, assène lui aussi une logique imparable : si la partie flamande, dans la confrontation institutionnelle, annonce que, quoi qu’il en soit, c’est le NOMBRE, c’est-à-dire les 57% de citoyens, dénommés « Belges » néerlandophones, qui imposera sa loi aux 43% de Bruxellois et Wallons décrétés « francophones », on ne voit pas pourquoi il faudrait poursuivre ces palabres.
Avec comme conséquence que, si la Flandre adopte cette attitude totalitaire du nombre, c’est le fondement même de l’Etat Belgique qui est pulvérisé. Car, dans le cas de majorités parlementaires basées sur la suprématie du Nord contre le Centre et le Sud, il n’existe plus de possibilité de gouvernement fédéral. C’est la mort accélérée de l’Etat fédéral – de l’Etat Belgique tout court.
Faut pas envisager cette perspective comme une catastrophe mondiale. Et même, De Gucht, avec ses propos provocateurs électoralistes (juin 2009, c’est tout près, tous près…) il rend, en fait, un fieffé service à la compréhension des positions, des enjeux et des options à envisager dans un proche avenir.
Heureusement, du côté bruxellois et wallon, on a fini, quand même, par comprendre que « nous ne sommes demandeurs de rien » c’était peut-être une attitude d’une très grande noblesse romantique mais que, dans la réalité politique, cela ne pouvait pas être une position tenable. Et que l’avenir institutionnel, poussé au pas de charge par la volonté flamande d’indépendance, pourrait fort bien s’emballer et foncer dans le mur en l’absence de solution envisagée par les mandataires bruxellois et wallons. Ce qui leur serait reproché, avec raison, par l’électorat.
C’est dans ce contexte que les propositions du tandem Picqué- Demotte, dévoilées dans « Le Soir » du 17 avril dernier, venant après la prise de position du ministre wallon Jean-Claude Marcourt en faveur de la primauté absolue des Régions, revêtent une importance considérable, même si, dans leur forme actuelle, elles s’inscrivent toujours dans un cadre de maintien d’un Etat fédéral. Ce qui, en toute honnêteté, semble bien près d’être fort rapidement dépassé…
Mais enfin, c’est déjà un formidable progrès. Et une base pour l’édification de ce qui résultera d’un éventuel éclatement du pays.
Soulignons les points forts des propositions des ministres- présidents des Régions bruxelloise et wallonne :
« (…) certains prônent un modèle de fusion où une entité francophone homogène ferait face à la Communauté flamande.
C’est nier l’importance des Régions qui se sont imposées comme la réalité de référence pour les Wallons et les Bruxellois et qui ont développé une stratégie de redéploiement durable pour chacune des 2 entités ».
Et, donc, finissons-en d’inventer une Nation ou un Etat « francophone ». D’autant plus que
« (…) la Région bruxelloise n’est pas exclusivement francophone – c’est, d’ailleurs, l’un de ses atouts- et que la Région wallonne ne l’est pas davantage puisqu’elle compte, aussi, des citoyens de langue allemande ».
Une évidence que nous ne nous lassons pas de rappeler depuis une éternité dans nos « Réflexions », nos lectrices et lecteurs peuvent en témoigner.
Réaffirmation de la prééminence des Régions :
« (…) une identité régionale forte existe et s’est sensiblement affirmée, dans la sérénité et l’ouverture, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Le fait régional y est devenu incontournable et s’y affirme de manière décomplexée comme l’antithèse du repli.
(….)
L’affirmation de 2 Régions solidaires, égales en statut, guide nos propositions ».
Et, par conséquent :
« Seule une Belgique fédérale, construite à partir de 3 Régions fortes, établies sur pied d’égalité, permettra d’atteindre un équilibre institutionnel mature et satisfaisant pour tous »
Ce qui ne convient pas du tout à la majorité des mandataires politiques flamands qui nient Bruxelles en tant que Région. Tel Kris Peeters, ministre- président du gouvernement flamand :
« Ma vision de la Belgique ? Un Etat avec 2 entités fédérées. La Région bruxelloise n’est pas une Région comme les autres »..
L’aveuglement politique, ça existe. Comme l’obscurantisme philosophique. Et ils se cassent régulièrement la figure. Il a quand même bien fallu admettre que la Terre était ronde et tournait autour du Soleil et sur elle-même, bien que les plus hautes autorités religieuses aient interdit, à l’époque, sous menace de bûcher, ne fût-ce que de le suggérer…
La conclusion du texte Demotte- Picqué remis à la Commission Wallonie- Bruxelles est d’une simplicité rafraîchissante :
« Seules des Régions wallonne et bruxelloise fortes, établies sur un pied d’égalité, permettront aux Wallons et aux Bruxellois de se fédérer et d’organiser de façon efficace les synergies et solidarités auxquelles ils aspirent au service de leurs intérêts communs et respectifs.
Une Fédération birégionale Wallonie -Bruxelles sera ce trait d’union équitable et efficace dont nous avons besoin ».
C’est l’option Fédération Wallonie- Bruxelles, laquelle semble bien avoir les faveurs d’une partie importante de l’opinion bruxelloise et wallonne. Ce n’est cependant qu’une des alternatives envisagées. Faudra-t-il, comme certains le souhaitent, réunir des Etats généraux de Wallonie pour confronter les points de vue ? Mais… quelles seraient la composition et la représentativité réelle de ces Etats généraux ?
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