Et cela ira mieux sans Bart ?

Envoi N° 180 du  24/09/2008

Et cela ira mieux sans Bart ?

Les indépendantistes flamands se sont trouvés un nouvel héros.

Ils avaient déjà Dewinter et le Vlaams (Blok) Belang. Un peu trop sulfureux, quand même, pour rallier un pourcentage décisif d’électeurs, quoique 15% ce ne soit pas rien.

Puis est venu Jean-Marie De Decker. Un homme fréquentable, celui-là. Et judoka de renom, une gloire sportive au surplus. Qui, d’un coup sec, est parvenu, avec sa liste du même nom, à placer 5 députés au Parlement. Et qui, d’après les sondages; ferait un malheur si l’on votait demain, crédité qu’il est de 12% d’intentions de vote… dont une partie raflée au Belang, ce qui est plutôt sympa (ou inquiétant ? Allez voir… !).

Avec Bart DeWever, la trilogie fait trembler la Flandre, en sens divers. Car Bart, lui, peut revendiquer la couronne des martyrs, de l’honnête citoyen cloué au pilori pour ses idées. Depuis près de 2 ans, c’est lui qui occupe le devant de la scène.

Il est remarquablement aidé, dans ce rôle, par le monde politique relayé par la totalité des médias.

Il faudrait se poser la question de savoir pourquoi, d’ailleurs, l’homme et son parti, la N-VA, font l’objet d’une pareille campagne rageuse de diabolisation.

Car, en toute sincérité, que lui reproche-t-on ? Il n’a trahi personne, il n’a menti en rien, il n’a pas dissimulé un seul instant sa vision politique d’une Flandre indépendante, il a poursuivi, avec acharnement certes, l’objectif qu’il a assigné comme colonne vertébrale à son parti.

Que l’on ne soit pas d’accord avec lui sur l’avenir de la Belgique, c’est une chose Et l’on comprend que les défenseurs de l’unité et de la survie du pays le combattent. Mais ses convictions sont tout aussi légitimes que celles des partisans de la Belgique à papa, des fédéralistes convaincus, des rattachistes francophiles.

Son refus d’engager le « dialogue » sur les seules bases du devoir de vacances soumis au Roi par les 3 médiateurs chargés de calmer le jeu communautaire jusqu’en juin prochain est tout simplement logique. Sa logique, bien sûr. Mais peut-on lui en faire grief ? Et ne doit-on pas, au contraire, reconnaître qu’il s’agit d’une simple honnêteté politique, du respect des thèmes pour lesquels il a fait élire 6 députés de la N-VA ?

Remontons plus loin. Qui a permis à Bart De Wever et à la N-VA d’acquérir une telle importance ? Si Yves Leterme et le CD&V ne lui avaient pas fait les yeux doux pour l’amener à s’allier à eux en cartel pour remporter les élections législatives de juin 2007, il est possible qu’il n’aurait pas atteint la barre des 5% et, donc, n’aurait pu siéger au Parlement avec 5 de ses amis.

C’est un « emmerdeur », dit-on au SP A et à l’Open VLD. Mais n’est-ce pas le lot de toute formation politique d’être considérée comme telle lorsqu’elle ne s’aligne pas sur des consensus bon chic, bon genre ?

Bon, youpee ! nous en voilà débarrassé. Tout va baigner dans l’huile, désormais. On va ronronner paisible pendant 8 mois.

Vraiment ? Et lui, Bart, il va rester dans son coin à se morfondre et à ruminer sa rancœur, en solitaire inoffensif ? Quiconque a la naïveté de croire en pareil scénario se prépare de durs réveils.

La N-VA a réuni à Gand plus de 1500 militants en Congrès pour faire ovationner la décision de rompre avec le CD&V. Ce n’est pas vraiment une assemblée confidentielle, « microscopique » comme on se plaît à dire de ce parti.

L’attitude de De Wever, de Bourgeois et des autres dirigeants a gonflé de fierté les indépendantistes flamands. Libérée de tout lien avec les partis traditionnels, la N-VA va pouvoir s’en donner à cœur joie en vue du tout prochain scrutin. Même si les 3 partis faisant campagne pour l’éclatement de la Belgique ne paraissent pas, pour l’heure en tous cas, envisager d’alliance, il n’en reste pas moins qu’ils constituent, de fait, un front redoutable de convergences d’intérêts qui pourrait bouleverser profondément, sinon de fond en comble, le futur Parlement flamand. Et, qui sait, le paysage politique du pays tout entier.

Ce qui est réjouissant, dans l’immense pagaille qui ne cesse de gagner en ampleur dans le royaume de Belgique, c’est la grande sérénité manifestée au Sud du pays. Les propos tenus, à Namur, lors des Fêtes de Wallonie, par Happart, Demotte et Picqué, rassurent. De même que la volonté manifeste du monde politique wallon et bruxellois de fortifier le fait régional et de se préparer à toute éventualité.

« Vivre en Wallonie » ASBL