La Wallonie et la crise
Envoi N° 182 du 31/10/2008
C’est ça aussi, la mondialisation : il n’y a plus de havre de sécurité, d’îlot serein, de forteresse inexpugnable…
Des millions de pauvres gens se retrouvent dans la rue, expulsés purement et simplement de leur habitation, aux USA, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de rembourser les emprunts qu’on leur a littéralement fourrés dans les mains, sans se préoccuper de savoir s’ils avaient les moyens de faire face à leurs obligations. Et ces « subprimes », produits géniaux d’une frénétique spéculation boursière, flanquent en l’air les mastodontes financiers de Wall Street.
Et comme les grandes institutions financières du monde entier s’empruntent et se prêtent de l’argent, s’achètent mutuellement des actions, l’infection « étatsunienne » franchit l’Atlantique d’un côté, le Pacifique de l’autre, et gangrène les Bourses de Londres, de Tokyo, de Sydney, de Berlin, de Rome, de Paris. Et de Bruxelles.
Le commun des mortels n’y comprend goutte et ne s’inquiète pas trop non plus. Sauf que des millions d’épargnants, grands ou petits, quelques jours plus tard, apprennent que LEUR ( !)
banquier, réputé « bon père de famille » a joué leurs économies et…
les a perdues. Ca commence à sentir le roussi, cependant ça n’affecte encore qu’une partie, minoritaire, de la population.
Mais la contagion gagne l’ « économie réelle » : le système du crédit n’est pas seulement grippé, il s’est attrapé une fameuse pneumonie et peine à respirer. On ferme des robinets, on resserre des boulons, on fait appel aux antibiotiques des Etats, que, tout à coup on trouve vraiment être la Providence.
Mais le mal est profond. Et le krach boursier évolue en crise économique brutale, profonde, mortelle pour certains, vachement handicapante pour d’autres.
En quelques semaines, des secteurs florissants, pour lesquels on regrettait, hier, le manque de main d’œuvre, se trouvent asphyxiés. Et l’enchaînement est inexorable : ralentissement, suspension ou arrêt d’activités, chômage économique, fin des contrats intérimaires et à durée déterminée, licenciements tout nets en certains cas.
Le scénario est identique sur une bonne partie de la planète. En Belgique aussi. Et la Wallonie ne sera pas épargnée, même si, pour l’heure, ce ne soit pas encore la grande déglingue.
Or, il se fait que sur ce petit bout de terre, une opération opiniâtre, volontariste, de redressement économique est en cours depuis 2 décennies et a atteint sa vitesse de croisière ces derniers temps. Massacrée par la fermeture des charbonnages, suivie d’un bouleversement gigantesque de la sidérurgie, la Wallonie, après un siècle et demi d’apport de richesses à l’Etat Belgique, s’est retrouvée exsangue, appauvrie.
Les réformes institutionnelles ayant transformé le pays en Etat fédéral ont permis à un pouvoir wallon disposant de compétences et de moyens encore limités (puisque n’incluant pas l’enseignement et la culture, par exemple), de mettre sur pied un programme économico-social à long terme, afin de remonter la pente et de revenir sur le peloton de tête des nations et/ou régions européennes.
Objets de tous les quolibets, de toutes les marques de condescendance goguenarde, sinon de mépris, l’action des gouvernements wallons successifs commence, vraiment, à porter ses fruits. Les railleries se sont éteintes peu à peu. Aujourd’hui, plus personne ne nie le retour wallon à une croissance économique encore insuffisante, certes, mais en progrès constant.
Tous les indicateurs la confirment : des résultats surprenants à l’exportation et en matière d’implantation d’investisseurs étrangers, un fourmillement d’initiatives novatrices à promesse de valeur ajoutée enfantées par une coopération entre le monde industriel, les universités et le pouvoir public wallon, une diminution graduelle, continue, trop lente bien sûr, mais réelle du chômage.
Cet immense effort risque bien, hélas, d’être freiné par les événements que nous vivons ces derniers mois. Personne n’oserait se hasarder, à l’heure actuelle, à émettre des prévisions péremptoires sur ce que nous réserve l’avenir à moyen ni, même, à court terme.
Il faut remarquer que les ministres wallons, qu’il s’agisse de Rudy Demotte, d’André Antoine ou de Jean-Claude Marcourt tiennent, en ces circonstances, un discours qui, sans masquer la gravité de la situation, ne tombe pas dans le trémolo paniquard.
Le grand espoir, c’est que les bases du renouveau wallon, jetées au cours de la dernière décennie, seront suffisamment robustes pour résister à la vague de récession occupée à déferler sur toutes les plages économiques.
Un grand danger, soyons réalistes, réside dans l’approche d’un scrutin électoral qui sera, sans aucun doute, capital pour les prochaines structures institutionnelles du pays, voire pour son existence.
Il serait infiniment regrettable que, dans l’exacerbation polémique qui accompagnera immanquablement la campagne électorale – déjà entamée !- d’aucuns prennent argument d’éventuelles conséquences désastreuses, chez nous, de la crise mondiale pour dénigrer le bilan positif enregistré jusqu’ici et mettre en péril la poursuite d’un programme qui commence à faire ses preuves. N’en déplaise au messie Rudy Aernoudt.
La Wallonie et la crise
C’est ça aussi, la mondialisation : il n’y a plus de havre de sécurité, d’îlot serein, de forteresse inexpugnable…
Des millions de pauvres gens se retrouvent dans la rue, expulsés purement et simplement de leur habitation, aux USA, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de rembourser les emprunts qu’on leur a littéralement fourrés dans les mains, sans se préoccuper de savoir s’ils avaient les moyens de faire face à leurs obligations. Et ces « subprimes », produits géniaux d’une frénétique spéculation boursière, flanquent en l’air les mastodontes financiers de Wall Street.
Et comme les grandes institutions financières du monde entier s’empruntent et se prêtent de l’argent, s’achètent mutuellement des actions, l’infection « étatsunienne » franchit l’Atlantique d’un côté, le Pacifique de l’autre, et gangrène les Bourses de Londres, de Tokyo, de Sydney, de Berlin, de Rome, de Paris. Et de Bruxelles.
Le commun des mortels n’y comprend goutte et ne s’inquiète pas trop non plus. Sauf que des millions d’épargnants, grands ou petits, quelques jours plus tard, apprennent que LEUR ( !)
banquier, réputé « bon père de famille » a joué leurs économies et…
les a perdues. Ca commence à sentir le roussi, cependant ça n’affecte encore qu’une partie, minoritaire, de la population.Mais la contagion gagne l’ « économie réelle » : le système du crédit n’est pas seulement grippé, il s’est attrapé une fameuse pneumonie et peine à respirer. On ferme des robinets, on resserre des boulons, on fait appel aux antibiotiques des Etats, que, tout à coup on trouve vraiment être la Providence.
Mais le mal est profond. Et le krach boursier évolue en crise économique brutale, profonde, mortelle pour certains, vachement handicapante pour d’autres.
En quelques semaines, des secteurs florissants, pour lesquels on regrettait, hier, le manque de main d’œuvre, se trouvent asphyxiés. Et l’enchaînement est inexorable : ralentissement, suspension ou arrêt d’activités, chômage économique, fin des contrats intérimaires et à durée déterminée, licenciements tout nets en certains cas.
Le scénario est identique sur une bonne partie de la planète. En Belgique aussi. Et la Wallonie ne sera pas épargnée, même si, pour l’heure, ce ne soit pas encore la grande déglingue.
Or, il se fait que sur ce petit bout de terre, une opération opiniâtre, volontariste, de redressement économique est en cours depuis 2 décennies et a atteint sa vitesse de croisière ces derniers temps. Massacrée par la fermeture des charbonnages, suivie d’un bouleversement gigantesque de la sidérurgie, la Wallonie, après un siècle et demi d’apport de richesses à l’Etat Belgique, s’est retrouvée exsangue, appauvrie.
Les réformes institutionnelles ayant transformé le pays en Etat fédéral ont permis à un pouvoir wallon disposant de compétences et de moyens encore limités (puisque n’incluant pas l’enseignement et la culture, par exemple), de mettre sur pied un programme économico-social à long terme, afin de remonter la pente et de revenir sur le peloton de tête des nations et/ou régions européennes.
Objets de tous les quolibets, de toutes les marques de condescendance goguenarde, sinon de mépris, l’action des gouvernements wallons successifs commence, vraiment, à porter ses fruits. Les railleries se sont éteintes peu à peu. Aujourd’hui, plus personne ne nie le retour wallon à une croissance économique encore insuffisante, certes, mais en progrès constant.
Tous les indicateurs la confirment : des résultats surprenants à l’exportation et en matière d’implantation d’investisseurs étrangers, un fourmillement d’initiatives novatrices à promesse de valeur ajoutée enfantées par une coopération entre le monde industriel, les universités et le pouvoir public wallon, une diminution graduelle, continue, trop lente bien sûr, mais réelle du chômage.
Cet immense effort risque bien, hélas, d’être freiné par les événements que nous vivons ces derniers mois. Personne n’oserait se hasarder, à l’heure actuelle, à émettre des prévisions péremptoires sur ce que nous réserve l’avenir à moyen ni, même, à court terme.
Il faut remarquer que les ministres wallons, qu’il s’agisse de Rudy Demotte, d’André Antoine ou de Jean-Claude Marcourt tiennent, en ces circonstances, un discours qui, sans masquer la gravité de la situation, ne tombe pas dans le trémolo paniquard.
Le grand espoir, c’est que les bases du renouveau wallon, jetées au cours de la dernière décennie, seront suffisamment robustes pour résister à la vague de récession occupée à déferler sur toutes les plages économiques.
Un grand danger, soyons réalistes, réside dans l’approche d’un scrutin électoral qui sera, sans aucun doute, capital pour les prochaines structures institutionnelles du pays, voire pour son existence.
Il serait infiniment regrettable que, dans l’exacerbation polémique qui accompagnera immanquablement la campagne électorale – déjà entamée !- d’aucuns prennent argument d’éventuelles conséquences désastreuses, chez nous, de la crise mondiale pour dénigrer le bilan positif enregistré jusqu’ici et mettre en péril la poursuite d’un programme qui commence à faire ses preuves. N’en déplaise au messie Rudy Aernoudt.
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