Revoilà le « communautaire »

Envoi N° 185 du 26/11/2008

Revoilà le « communautaire »

Il nous manquait quelque chose, depuis 2 mois. Alors que, pendant un an et demi, la population du Royaume de Belgique avait été invitée, pratiquement chaque jour, à des passes d’armes belliqueuses à propos de ce que l’on appelle « le communautaire », alors que les propositions de réformes institutionnelles ou, plus passionnantes encore, les visions d’après Belgique, fleurissaient sur les talus des chemins de traverse de la politique, en un seul coup la source s’est tarie.

C’est que, venue de l’autre côté de l’Océan atlantique, une gigantesque tornade financière s’est abattue sur une bonne partie du monde, suivie illico d’une panique économique planétaire. Alors là, qu’il s’agisse d’une Belgique unitaire, d’un Etat confédéral, ou de toute autre définition d’avenir pour ce petit coin de terre européen, les vagues déferlantes de la crise ne font pas le détail.

En outre, au plein mitan de l’ouragan, la Belgique est devenue, pendant une bonne quinzaine de jours, le 51ème Etat des Etats-Unis d’Amérique. La plupart des médias, dans un ensemble touchant, ont voulu nous faire vivre les élections présidentielles étasuniennes avec plus de détails que s’il s’était agi de transformer le royaume en république.

Nos ministres fédéraux ont passé des nuits blanches à sauver des banques dont les dirigeants « bon pères de famille » s’étaient révélés, en réalité, des joueurs de poker pas très doués. Et tous les organes de communication, visuelle, auditive ou écrite, nous ont matraqué les yeux, les oreilles et la cervelle avec le match Obama- Mc Cain.

Bref, le- dit communautaire avait été englouti dans les flots furieux de la débâcle financière, de la régression économique et de l’Obamania.

Bien sûr, l’équipe de grands sages chargée de préparer les grandes réformes institutionnelles, avait entamé ses travaux. Mais dans une indifférence et une discrétion absolues. Et cela semblait fort satisfaire tout le monde. Le « communautaire » était en veilleuse.

Oui mais, certains prenaient bien garde  à ce que ce pan essentiel  de la campagne électorale en vue du scrutin régional et européen de juin prochain ne tombe pas dans l’oubli.

Et le ministre de l’Intérieur du Gouvernement flamand a relancé la balle au plein milieu du jeu de quilles. Il a confirmé bruyamment son refus de nommer bourgmestres 3 personnes élues le plus démocratiquement qu’il soit, sous le prétexte que ces mayeurs avaient adressé des convocations électorales en langue française aux administrés francophones. Atteinte grave à la législation de la Région flamande.

Tout le monde se demande pourquoi ce monsieur s’est senti tout à coup obligé de ramener à la surface, en pareille période d’extrêmes turbulences économiques, pareil brûlot dont il savait qu’il embraserait immédiatement  la scène politique.

Ou bien, plutôt, personne ne se pose vraiment la question.

L’explication est simple : les élections régionales ne se situent plus qu’à quelques encablures. Et le parti du monsieur en question, le VLD, se trouve au plus bas dans les sondages. Même qu’une nouvelle grande pointure de cette formation vient d’annoncer qu’il rejoignait, lui aussi, la « liste De Decker », laquelle n’en finit pas de monter en puissance.

Par conséquent, il faut faire flèche de tout bois pour tenter de démontrer à l’opinion publique du Nord qu’on est aussi « bon Flamand » que les concurrents.

Reconnaissons qu’en la circonstance la réaction des partis « francophones » a été  remarquable de sérénité et de sens des responsabilités.

Ce qui ne signifie nullement que l’incident soit clos. Il ne serait pas acceptable que l’on porte au chapitre des pertes et profits une pareille atteinte à l’expression démocratique des citoyennes et citoyens.

Par conséquent, malgré les avatars de Fortis, de Dexia et de KBC, l’affrontement communautaire est à nouveau d’actualité.

Et, après ces semaines de réserve volontaire, nous allons continuer à nous intéresser aux diverses contributions à l’élaboration d’un nouveau paysage institutionnel, dont nous avons eu connaissance.

  « Vivre en Wallonie » ASBL