* Réaction bruxelloise au "pavé" Marcourt

Envoi N° 248 du 31/01/2012

 

Réaction bruxelloise au « pavé » Marcourt

 

Les propos tenus par Jean Claude Marcourt, concernant l’apparition très prochaine d’un groupe de réflexion, aujourd’hui encore informel, s’étant donné pour mission d’envisager un avenir wallon pensé et mis sur pied par les Wallons, et, dans ce contexte, exigeant l’attribution de l’enseignement à la Wallonie, n’ont pas arrêté de faire des vagues. Nous pensons même que l’on n’est qu’au tout début cette profession de foi du Ministre wallon de l’Economie.

 

C’est une chose excellente. En bousculant sans trop de délicatesse les douces certitudes du monde politique, JC Marcourt aura fait avancer d’un grand pas la perspective d’une Wallonie enfin maîtresse de ses destinées.

 

Il serait bon que cette prise de position sereine et courageuse provoque des réactions dans les sens les plus divers. Si l’on s’attelle à la construction d’une Wallonie enfin libérée de toute sujétion, il est indispensable que cela s’effectue en toute connaissance de cause pour les citoyennes et citoyens composant la Nation wallonne.

 

Nous avons, en conséquence, été fort heureux de recevoir le texte d’un Bruxellois, particulièrement bien charpenté.

 

Nous publions ce message sans en changer la moindre virgule. Ce sera le cas pour toute autre correspondance qui nous parviendra sur ce thème. Etant bien entendu que nous n’approuverons pas obligatoirement la teneur des messages reçus et que nous nous réservons le droit de les faire suivre de notre propre vision des choses.

 

Voici, donc, un texte dû, si nous avons bien compris notre correspondant du Movuement du Manifeste Wallon, à un certain Clarles Bricman, Bruxellois qui approuve l’attitude du ministre Marcourt.

 

Marcourt parle juste

 

J’ai observé avec beaucoup d’intérêt mais sans rien dire jusqu’ici, les remous provoqués par les  déclarations de Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l’Economie, sur la « déconstruction » de la Communauté française, sur la régionalisation de l’enseignement et sur le lancement d’une réflexion sur le destin de la Wallonie.

 

Croyez-vous qu’on se serait réjoui de cette relance – enfin! – d’un vrai débat d’idées? Que nenni! Demotte tire la gueule à son collègue, Moureaux a des aigreurs d’estomac, l’ayatollah Ecolo Cheron se déclare en colère et au FDF, on commande les sels. Remettre en cause la PUC (Pensée Unique Communautariste), ça ne se fait pas, Jean-Claude…

 

Eh bien moi, je dis que là-dessus, il a mille fois raison, Marcourt.

 

C’est un point sur lequel, je l’avoue sans vergogne, j’ai  viré de bord. Pas parce que je suis versatile comme la Donna de Verdi mais parce qu’il faut être logique: la Communauté à la belge, en tant que  concept, faisait sens tant que l’on pouvait songer, comme Otto Bauer le fit en son temps pour le défunt empire austro-hongrois, à un « fédéralisme personnel », c’est-à-dire non territorial, permettant à des « communautés » de s’organiser et d’exercer leurs compétences au bénéfice de leurs membres, où qu’ils résident en Belgique.

 

Cette idée a été enterrée sans fleurs ni couronnes au carrefour des années 80 et 90 du siècle dernier. C’est éventuellement regrettable, mais c’est un fait, et les faits sont plus forts, comme chacun sait, qu’un ministre-président. Les Communautés ne sont plus des «communautés» de personnes mais des collectivités territoriales comme les autres. Donc des Régions, ou des Länder, ou des Etats fédérés. On n’en a plus besoin et nos « régions » suffisent désormais amplement à la tâche, sauf à considérer qu’il n’y a aucune raison de faire simple quand on peut faire compliqué.

 

La « nation francophone » qui fut chère à Jean Gol s’en trouve ravalée au statut de mythe suranné qui ne sert plus de référence qu’à ceux dont le curseur est resté calé sur les années 60, quand les «méchants Flamands» marchaient sur Bruxelles, sous la conduite de Wilfried Martens, jeune zazou flamingant et calotin qui terrorisait les bons bourgeois francophones et belgicains dont je faisais partie à l’époque. La Belgique d’aujourd’hui, ce sont deux grandes régions qui ont chacune leur langue officielle et puis deux petites, linguistiquement mixtes ou pluralistes – Bruxelles et les cantons germanophones.

 

Laissons si vous le voulez bien ces derniers de côté, ce sont des gens paisibles et de bon sens, ils ne nous en voudront pas. Ils sont d’ailleurs exemplaires de loyauté fédérale, ces Germains: ils s’occupent de leurs affaires et pour le reste, s’abstiennent soigneusement de prendre parti pour les uns contre les autres, ou pour les autres contre les uns. C’est pas leurs oignons.

 

Bruxelles ferait aussi bien de s’en inspirer. C’est cependant plus compliqué, du seul fait de l’existence de ces « communautés » devenues polluantes et toxiques, surtout quand on joue sur les mots et quand on donne à l’une un petit nom qui ne peut que faire rugir l’autre: Fédération Wallonie-Bruxelles qui semble préfigurer la Belgique résiduelle et francophone de Papy Mougeot, soit celle de 1830 amputée de la Flandre ingrate que les vilains Flamands auraient « volée », l’oncle Jules (Destrée) dixit.

 

La Belgique de 1830 est un échec. Celle qu’on lui a substituée à partir de 1970 ne l’est pas moins. Ce que Marcourt propose, je le vois comme un espoir d’entrer enfin dans celle de 2020.

 

C’est un autre modèle et c’est sa première qualité, les précédents ayant surabondamment fait la preuve de leurs vices si mal cachés. Car c’est un modèle qui part de la base. Marcourt est un ministre wallon. Comme les ministres flamands le font pour les Flamands, il s’intéresse d’abord aux Wallons, quoi de plus normal ? Et il y a du grain à moudre car la Wallonie ne va toujours pas bien. C’est sans doute aussi la faute aux amis socialistes de Marcourt, aux manettes depuis si longtemps en Wallonie (avec des complices, faut-il le dire), mais ce n’est pas la question. A trop vouloir désigner les responsables du passé, on néglige de gérer les problèmes du présent qui seront le passé de demain. Laissons donc ça à l’électeur.

 

Mais qui ne voit que la Wallonie est un problème en soi? Que ce problème a des causes et des caractéristiques qui lui sont propres, spécifiques en tout cas dans le cadre belge? Que, partant, ce problème appelle des remèdes tout aussi spécifiques?

 

Je m’emporte mais ne devrais pas. Ces questions appartiennent aux Wallons et c’est à eux qu’il revient d’y répondre. Qu’ils ne se laissent surtout pas intimider par les apôtres qui leur prêchent que prendre en mains sa destinée est un repli sur soi, c’est tout le contraire : c’est la guerre des bassins et l’esprit de clocher qui  enchante les frileux et va si bien avec la Belgique de bom’pa, résiduelle ou pas.

 

Et c’est un Bruxellois qui le dit à ses amis wallons.

 

Pourquoi Bruxelles doit appuyer Marcourt » ? On a des choses à se dire

 

Bien entendu, ce second texte, complément du précédent, continue à dégonfler très justement une série de baudruches qui se sont subitement mises à nous siffler à la tête, depuis que J.C.M. a décidé de se démarquer du royaume de la langue de bois; cela en devient amusant.(?); ce texte appellerait lui aussi, une giga-diffusion,

 

*****

 

Je prolonge ici ma petite réflexion que j’ai entamée hier soir. Un avocat de Grimbergen, militant N-VA qui me fait l’honneur de me lire et que je salue, me fait observer sur Twitter que remettre en cause l’existence des communautés revient à saper les bases de la Belgique – ce qui au demeurant ne le chagrine évidemment pas outre mesure.

 

Je vois très bien ce que veut dire Stéphane dont je respecte le point de vue qui n’est pas le mien: la Communauté est pour la Flandre l’institution qui la relie à Bruxelles en faisant des néerlandophones de la capitale des « brusselse Vlamingen » (Flamands bruxellois) et non des «vlaamse Brusselaars» (Bruxellois flamands), ce qui est plus qu’une nuance.

 

C’est le raisonnement qui fonde la revendication flamande pour un fédéralisme « à deux », la Belgique étant à leur estime une fédération de deux peuples, les Flamands d’un côté, les Wallons de  l’autre. Ce n’est pas, en soi, une conception monstrueuse. Je suis cependant intimement convaincu qu’elle est fausse.

 

Je pense qu’il y a en Belgique une troisième composante qui n’est peut-être pas un « peuple » ou une « nation » au sens où le sont les Flamands et les Wallons, mais qui n’en est pas moins une population qui ne se reconnaît ni dans l’identité flamande, ni dans l’identité wallonne.

 

Mais c’est actuellement une population presque sans voix (sauf dans la société civile), et en tout cas sans représentants dans les instances élues.

 

L’échec de la Belgique de 1830 dont je vous parlais hier, c’est de n’avoir pu faire de tous les Belges  cette « nation » de zinnekes dont je me revendique. Et la faute en incombe à cette classe dirigeante provinciale et étriquée qui n’a acquiescé à la modernité et à la démocratie que du bout des lèvres et sous la contrainte, pour mieux les refuser du fond du coeur.

 

Mais c’est le passé. On n’y changera pas une ligne. Il faut se débrouiller avec ce qu’on nous a légué, un héritage infernal comme dans la chanson de Trenet.

 

Foutez-nous donc la paix avec les fantômes du passé. Demandons-nous plutôt comment nous organiser pour vivre mieux entre nous. Mais, de grâce, soyons cohérents. Pour une fois.

 

La Flandre et la Wallonie seront des entités largement autonomes qui gèrent de concert un certain nombre de compétences communes, qui collectent et gèrent librement leurs ressources propres et  organisent une solidarité entre elles. C’est le socle.

 

Entre la Flandre et la Wallonie, il y a une ville bigarrée où cohabitent des Flamands, des Wallons, des métis, des « étrangers ». Dites en ce que vous voulez, que c’est une ville, une région, un territoire, une capitale, un district fédéral, une exception, on s’en fout, mais souvenez-vous à jamais qu’il y a là un bon million de citoyens qui ont le même droit que les Flamands de Flandre et les Wallons de Wallonie à bénéficier de structures gérant démocratiquement les mêmes compétences que celles qui s’exercent pour les Flamands de Flandre et pour les Wallons de Wallonie.

 

D’une manière identique ? Pas forcément, ou forcément pas.

 

Bruxelles est, avant tout une ville, ce qui la distingue déjà des autres régions qui englobent des villes et des campagnes; Bruxelles est une métropole, ce qui veut dire qu’elle ne fonctionne pas seulement pour elle-même, mais aussi pour son hinterland qui appartient aux deux autres régions; Bruxelles est une capitale fédérale, ce qui signifie qu’elle a aussi des devoirs vis-à-vis de tous les Belges. Mais n’oubliez pas non plus que Bruxelles est aussi une Cité, et qu’elle doit donc être gérée démocratiquement par ses citoyens, libres et égaux en droits.

 

J’ai rappelé ici quelques principes avec lesquels nous devrions tous être d’accord.

 

Il reste à imaginer les modalités.

 

Ce n’est pas facile car, une fois que l’on a posé que la Belgique est notamment composée de plus d’un « peuple », et que ces peuples se définissent par la langue qu’ils parlent, il faut déterminer comment on organise la cohabitation de ces peuples dans leur capitale. Il y a trois solutions théoriques :

 

• la division de Bruxelles en « secteurs linguistiques », dont chacun reconnaîtra, je l’espère, que ce serait débile, surtout avec un mur de réemploi construit par exemple devant les arcades du Cinquantenaire qui ressemblent un peu à la porte de Brandebourg;

 

• un système d’apartheid linguistique avec les communautés aux manettes, la Flandre s’occupant des Flamands de Bruxelles et les Wallons des francophones bruxellois; c’est ce à quoi ressemble le système actuel, qui fonctionne mal et auquel je dis : « non, merci – nee, bedankt ».

 

• un système de ville-région bilingue assorti d’un cahier des charges attachées au statut de capitale et au caractère composite de la population, celui qui a bien entendu ma préférence.

 

Il reste toutefois que cette troisième formule, la seule vraiment civilisée et opérationnelle, ne pourra être mise en oeuvre que dans un contexte global pacifié et avec une prise de conscience dans toute la classe politique bruxelloise, d’abord francophone parce qu’elle est actuellement majoritaire, qu’il faut impérativement sortir de cette mécanique infernale qu’est la prétendue « Fédération Wallonie-Bruxelles ».

 

Allez, il est facile de saisir ce qui ne va pas: après avoir bataillé longuement pour faire reconnaître à Bruxelles un statut de troisième région presque à part entière, on se hâte d’enrôler cette région dans une fédération avec la Wallonie, donc de mettre en place, dans les faits, un fédéralisme à deux, mais à deux régions contre une… Les promoteurs de ce bidule sont des régionalistes à faux nez et la véritable joute qui se déroule sous nos yeux n’oppose pas le fédéralisme à deux et le fédéralisme à trois mais consiste en une bagarre sans merci entre la Flandre et la Wallonie pour s’annexer Bruxelles.

 

Cette fédération à la con, la Communauté française dans la réalité constitutionnelle, en fait, est actuellement LE grand obstacle à une gestion pacifiée de Bruxelles, avec la division des forces  politiques bruxelloises en compartiments linguistiques (presque) parfaitement étanches l’un à l’autre. Tout simplement parce qu’elle fait des partis bruxellois de simples « sections » (ou «fédérations») de partis d’une autre région. Et de ce noeud là, on ne sortira pas avec des mesures législatives ou réglementaires. Il y faut une volonté politique qui ne commence à s’esquisser que sur les marges, un peu chez les écologistes (pas tous), plus clairement mais avec un impact encore très limité dans de petits partis sans élus comme Pro Bruxsel, et dans la fameuse « société civile ».

 

C’est là, et là seulement, qu’est le salut de Bruxelles. Et c’est pourquoi, d’un point de vue bruxellois aussi, ce que dit Marcourt est rafraîchissant et doit être encouragé.

* Non, J.C. Marcourt n'est pas "isolé"

Envoi N° 247 du 26/01/2012

 

Non, J.C. Marcourt n’est pas « isolé »

 

 

C’est « Le Soir » qui l’écrit. En pages 2 et 3 de son édition de ce mercredi, il titre : "Régionaliser l’école : Marcourt est isolé ".

 

Voilà un constat bien catégorique. Certes, dans tous les partis, y compris dans celui de l’intéressé, des voix se sont élevées, « atterrées », « en colère », « inquiètes », que sais-je encore.

 

C’est que le Ministre wallon de l’Economie a drôlement bousculé le « politiquement correct », en même temps qu’il annonçait, sans le moindre complexe, sa participation à des groupes de réflexions sur l’avenir de la Wallonie.

 

Un remue-ménage spectaculaire avait déjà été la manifestation d’un grand émoi après l’interview parue dans «La LibreBelgique » du samedi 14 janvier. On y apprenait que ce que l’on appela aussitôt « Plan W » faisait l’objet des travaux de ces groupes. Un « plan W » qui, en raccourci, apparaissait comme l’amorce d’une vision radicalement autonomiste de la Wallonie.

 

Et, dans la foulée, Jean-Claude Marcourt disait sa conviction qu’il fallait « déconstruire » la Communauté française (ou Fédération Wallonie-Bruxelles, au choix)- et la « reconstruire » ajoutait-il immédiatement.

 

Alors là, c’était trop.

 

Et ce fut l’explosion de l’indignation de ces messieurs-dames devant pareil sacrilège. On n’y alla pas avec le dos de la cuiller et l’honnêteté intellectuelle ne fut pas la qualité essentielle des vociférations.

 

On remit à l’honneur tous les poncifs agités depuis des années contre qui met en doute l’excellence du paysage institutionnel de cette « Belgique, oh, oh mère chérie ». D’autant plus  qu’il avait fallu tellement de mois de négociations pour bricoler la 6ème réforme de l’Etat !

 

Deux accusations ont recommencé à fournir la trame des discours vengeurs : la volonté d’un  « repli wallon » et celle d’une « rupture de la solidarité avec Bruxelles ».

 

Pas question de s’étonner : il suffit de suggérer, timidement, que la Wallonie devrait prendre en main son destin pour que soient brandis ces motifs d’excommunication.

 

Nous avons, dans nos rubriques, combattu à de multiples reprises la mauvaise foi qui caractérise pareils « arguments ».

 

En quoi l’ambition de donner aux Wallonnes et Wallons la maîtrise de leur destinée peut-elle s’assimiler à un « repli frileux » ? N’est-ce pas, au contraire, la seule attitude permettant à la Wallonie de s’affirmer sur la scène internationale, en toute dignité ?

 

Quant aux relations privilégiées avec Bruxelles, nécessitent-elles l’existence d’une structure boiteuse, totalement artificielle et incomprise par l’immense majorité de la population ? Des accords solides entre 2 Régions respectueuses l’une de l’autre, conscientes des liens historiques et sociologiques qui les rapprochent, ne rempliraient-ils pas cette fonction à la satisfaction générale ?

 

N’est-il pas quelque peu humiliant pour les Bruxellois d’être considérés comme dépendants du « soutien » wallon ? Lequel, d’ailleurs, n’a jamais fait défaut et ne risque pas de l’être – pas un mot de Jean-Claude Marcourt ne va dans ce sens ?

 

L’affaire s’était tassée dans les jours qui suivirent. Un cessez le feu avait-il été conclu, en coulisses, pour apaiser les esprits ?

 

Que nenni ! Jean-Claude Marcourt n’avait nullement été muselé. Et, le mardi 24 janvier, dans Le Soir, cette fois, il remettait ça, mais en plus costaud encore : il précisa, tout net, que l’enseignement devait être régionalisé car il est « un élément fondamental » de développement de la société en Wallonie !

 

Alors, là, mes aïeux ! Le charivari de protestations atteignit des sommets. Ce qui, comme nous l’écrivions au début cet article, fut considéré par la rédaction du « Soir » comme une preuve d’isolement du ministre téméraire.

 

Nous ne pensons pas que Jean-Claude Marcourt fut perturbé le moins du monde par un sentiment d’isolement. N’a-t’il pas eu ces paroles de sagesse, dans le cours de l’interview : « J’ai une vraie conviction de l’urgence, une vision de l’avenir de ma région, j’en suis dépositaire et responsable. Et puis,si on limite le débat aux partis, on l’émasculera forcément ». Et vlan !

 

De toute manière il sait fort bien que ses propos, sa prise de position courageuse, on été accueillis avec enthousiasme par tout ce que compte la Région comme partisans de l’émergence d’une Wallonie affirmant sa fierté, sa dignité, son droit  à être reconnue comme telle et non comme vouée à la tutelle de quiconque.

 

En ces moments, nous avons été frappés par une évidence : Jean-Claude Marcourt a répondu aux attentes, aux espoirs et aux désirs exprimés voici plus d’un an, le 22 novembre 2010, à Charleroi, lors de l’Assemblée wallonne mise sur pied par le Mouvement du Manifeste Wallon (MMW).

 

Nous nous ferons un plaisir, dans une prochaine « Réflexion » de rafraîchir les souvenirs à ce propos et de les mettre en regard du « projet wallon » à l’élaboration duquel travaillent Jean-Claude Marcourt, ses amis et des personnalités diverses, dans ce groupe de réflexion dont il annonce la création « au premier semestre 2012 ».

 

Pour tout de suite, en somme.

Vivre en Wallonie ASBL

* Le wallon à l'école : Martine Aubry fera-t-elle des émules en Wallonie ?

Envoi N° 246 du 08/12/2011

 

Le wallon à l’école

 

Martine Aubry fera-t-elle des émules en Wallonie ?

 

Bon nombre de nos lectrices et lecteurs connaissent, sans doute, la revue trimestrielle de l’Union Culturelle Wallonne : Cocorico. Pour qui l’ignorerait, précisons donc qu’elle se qualifie, sans la moindre équivoque :« Magazine du bilinguisme wallon ».

 

Son numéro d’automne vient de paraître. L’éditorial est dû à un ardent partisan de la remise en honneur des langues régionales (gaumais, picard, wallon) par le biais de l’enseignement scolaire : Marcel Slangen.

 

Aussi ne doit-on pas s’étonner s’il base son éditorial sur la rentrée des cours de langue et de littérature wallonne de la ville de Liège. C’est d’ailleurs lui qui a prononcé le discours de rentrée, repris dans Cocorico sous le titre « Le wallon a repris le chemin de l’école »

 

Nous avons lu le texte de sa conférence avec un intérêt et un plaisir croissants. Le thème en était la nécessite de « penser wallon » pour le parler et l’écrire correctement. Avec la verve qu’on lui connaît, se servant d’exemples pris sur le vif, Marcel Slangen expose, en fait, la richesse insoupçonnée d’une langue possédant sa propre grammaire, même si les subtilités de celle-ci sont émises par ses locuteurs sans qu’ils le sachent, la plupart du temps.

 

Le passage sur l’emploi tout à fait usuel du subjonctif  imparfait nous a fait revivre certaines scènes vécues sur des chantiers de construction et dans des exploitations agricoles de l’Entre-Sambre et Meuse. Ouvriers, patrons, cinsîs, bûcherons, cabaretiers jonglaient avec les conjugaisons wallonnes avec d’autant plus de sûreté et de naturel qu’ils les avaient apprises, par voie orale, de parents et grand parents ne montrant guère de dispositions pour comprendre la concordance des temps en français et ignorant bien évidemment qu’ils utilisaient une forme verbale d’une remarquable subtilité linguistique.

 

Nous nous ferons un plaisir de revenir prochainement sur ce texte chaleureux et plein de bon sens.

 

L’objet de notre billet porte, en effet, aujourd’hui, plus particulièrement sur les conclusions de l’éditorial de Marcel Slangen. Citons :

 

« Des décrets de la communauté française autorisent depuis longtemps l’introduction du wallon à l’école, mais aucun arrêté d’exécution n’a jamais vu le jour. Quelques députés, aujourd’hui, semblent y croire et comme c’est seulement d’une décision politique que peut se réaliser le projet d’enseignement du wallon à l’école, nous sommes prêts à les soutenir ».

 

Et oui, il suffirait d’un peu de bonne volonté politique….

 

Et cela tombe bien….car chez nos voisins français, une dirigeante éminente du parti socialiste a osé, au cours des « primaires » de ce parti pour la désignation de son candidat aux élections présidentielles, émettre une proposition étonnante :

 

Trouvé sur le site : www.ouest-france.fr

 

Langue bretonne : Martine Aubry au créneau

 

La candidate à la primaire du PS propose un enseignement obligatoire du breton, sauf si les parents expriment clairement leur désaccord.

 

Martine Aubry, dans la semaine qui précède le premier tour de la primaire du PS, s'exprime clairement en faveur de l'enseignement du breton. Elle préconise même, là où une langue régionale est pratiquée, son enseignement presque obligatoire sous la forme d'un apprentissage français/langue régionale. La proposition de Martine Aubry est précise : cet enseignement sera la règle « sauf désaccord express des familles ».

 

Pour la maire de Lille, ce renforcement de l'identité régionale ne peut que renforcer la République. Et l'enjeu n'est pas seulement culturel. « Il est devenu évident qu'on défend mieux la République française quand on la vit dans son territoire, avec sa culture. Et c'est parce que je défends avec ardeur l'idéal républicain que je défends la diversité culturelle de la France et des Français », poursuit Martine Aubry, qui rejette vertement l'idée selon laquelle le développement des langues régionales viendrait fissurer l'unité nationale. C'est même, pour elle, tout le contraire. « L'unité de la France doit-elle passer par l'uniformité ? », demande-t-elle.

 

Une nouvelle compétence régionale

 

Voilà pour l'objectif. Quant aux moyens, Martine Aubry fait une proposition. Jugeant qu'il reste sans doute illusoire de laisser à l'État l'apprentissage des langues régionales, elle propose d'en faire une compétence nouvelle des Régions. Avec la suite logique : « Bien évidemment, les décisions des recteurs d'académie devront s'articuler avec cette politique régionale ».

 

Les propositions de Martine Aubry s'inscrivent dans une volonté forte de décentralisation. Et si elle s'installe à l'Élysée en 2012, elle promet de nouvelles avancées pour donner plus de poids aux Régions.

 

À moins d'une semaine du premier tour de la primaire socialiste, la prise de position de Martine Aubry ne manque pas, non plus, de calcul politique. Elle s'adresse en particulier aux électeurs bretons dans une région ou François Hollande, le favori des sondages, peut s'appuyer sur le soutien de pas mal d'élus du Parti socialiste. Ce n'est pas d'ailleurs le seul dossier « régional » à faire irruption dans les primaires du PS. Hier, après Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, autre candidat à la candidature socialiste, a réclamé que le dossier du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, soit à nouveau étudié, et même « depuis le début ».

Didier GOURIN.

 

Bon, d’accord que Martine Aubry voulait gagner des sensibilités bretonnes dans sa course à l’investiture.

 

Mais, précisément, cela signifie que cette prise de position était jugée porteuse par la grande dame de Lille !

 

Cela ne vous donne pas des idées, ami Marcel Slangen ?

"Vivre en Wallonie" ASBL

 

* L'avenir wallon s'écrit (aussi) à Sambreville

Envoi N° 245 du 05/10/2011

 

L’avenir wallon s’écrit (aussi) à Sambreville

 

Il fut un temps, pas bien lointain, où il était de bon ton de se gausser de la Wallonie. Bien que des signes indiscutables de redressement économique soient apparus, il semblait que, pour certains, l’image d’une région sinistrée, en pleine agonie, devait se perpétuer jusqu’à la fin des siècles.

 

Lorsque le Gouvernement wallon de l’époque mit au point et fit connaître son « Contrat d’avenir pour la Wallonie », on en fit des gorges chaudes dans les rédactions de certains quotidiens. Le « plan Marshall », qui précisait et budgétisait les axes d’action du « Contrat », reçut un accueil à peine plus poli, malgré l’effort financier énorme qu’il représentait pour les contribuables wallons.

 

De premiers résultats significatifs  ne tardèrent pas cependant à s’accumuler, amplifiés, ensuite,  par le « plan Marshall 2 vert ». Plus aucun doute n’était permis, désormais. Les pôles de compétitivité étaient des réussites, mettant en commun les potentialités du monde industriel, des universités, le tout épaulé efficacement par les pouvoirs publics

 

Aujourd’hui, le « rebond » de l’économie wallonne est une réalité. Tous les indicateurs sont au vert. Il ne reste plus guère que quelques esprits grincheux et de mauvaise foi pour encore voir en la Wallonie un pays à la dérive et pour continuer à nier ses succès.

 

L’aspect le plus édifiant de ce renouveau est sans doute l’implantation successive en territoire wallon de centres de recherches prestigieux par des multinationales d’importance mondiale, ainsi que d’infrastructures logistiques destinées à rayonner sur le continent européen.

 

Dans le même temps, le Gouvernement wallon a mis sur pied d’autres instruments, nettement moins spectaculaires, dont le but est de favoriser une participation active et créatrice, en profondeur, des forces vives sur le plan local. Il concrétisait de la sorte la volonté martelée à maintes reprises par les décideurs politiques de faire de chaque citoyen un acteur de la renaissance en cours.

 

Les Agences de Développement Local : des outils de proximité

                     

C’est dans ce cadre que se situent les Agences de Développement Local d’ores et déjà présentes à pied d’œuvre dans une cinquantaine d’entités communales wallonnes.

 

Ces ADL jouent le rôle de chefs de file de projets concernant une ou plusieurs entités dont le chiffre de population ne dépasse pas 40.000 habitants. On le voit, il s’agit véritablement d’outils de proximité chargés de susciter et d’épauler des initiatives du type PME et TPE. (Petites et Moyennes Entreprises- Très Petites Entreprises).

 

Pour décrire simplement les tâches des ADL, disons qu’elles doivent, en premier lieu, dresser l’inventaire des points forts et des faiblesses du territoire envisagé. Cela va des particularités géographiques jusqu’aux groupements et association locales, en passant par les moyens de communication, les disponibilités de main d’œuvre, les caractéristiques environnementales, les atouts touristiques et … les ressources financières éventuelles.

 

D’autre part, les ADL doivent avoir une vision  complète de la panoplies d’aides européennes et régionales disponibles dans un cadre de développement durable – ainsi que des organismes à la porte desquelles il faut frapper pour en être bénéficiaires

 

Naturellement, les ADL sont en étroite liaison avec le pouvoir communal et apportent leur concours à l’élaboration de plans communaux de développement auxquels se référeront les auteurs de projets.

 

Afin d’illustrer l’efficacité de ces outils de développement, nous nous pencherons sur une ADL active dans un coin de Wallonie particulièrement massacré par les mutations industrielles qui marquèrent la seconde moitié du siècle dernier : la Basse-Sambre et, plus précisément, l’entité communale de Sambreville.

 

Un événement déclencheur fut la création, sur le territoire d’Auvelais, de l’entreprise NANOCYL, il y a 9 ans de cela.

 

Nanocyl : une démonstration éclatante d’audace triomphante

 

 

Destin prodigieux que celui de NANOCYL, solidement ancrée dans le créneau en pleine expansion de « l’infiniment petit » - comme son nom l’indique. Le produit développé et commercialisé par NANOCYL est constitué par des nanotubes de carbone. Lesquels sont utilisés notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale, dans l’industrie électronique ainsi que dans des applications chirurgicales.

 

Les nanotubes de carbone se caractérisent par leur résistance (100 fois plus que l’acier) et leur légèreté (2 fois moins que l’aluminium). Leur champ d’application ne cesse de s’élargir. Aujourd’hui, l’entreprise auvelaisienne a évolué jusqu’à devenir une petite multinationale. Elle figure parmi les 3 principaux acteurs internationaux dans ce secteur extrêmement pointu et ambitionne d’en devenir le numéro 1 mondial.

 

Elle  est née sur la base de recherches menées dans les laboratoires des universités de Namur et de Liège. La petite « spin off » occupait 5 chercheurs, à ses débuts. Elle est passée à une échelle industrielle avec la construction d’une unité de production à Sambreville en 2008 et emploie à présent 45 travailleurs.

 

 

La création d’un hall relais par le BEP dans le cadre du programme européen Urban a permis à Nanocyl de se localiser à Sambreville. Michel Falesse a eu, ce faisant, la confirmation de ce que « Tout territoire a un potentiel », formule qui constitue le credo fondamental des ADL.

 

C’est dans cet esprit que vit le jour l’Agence de développement de Sambreville. Michel Falesse fut détaché de l’administration communale pour la prendre en main, avec la collaboration d’un attaché, Laurent Warnon, en charge des relations avec les entreprises et de la communication.

 

Le dynamisme de ce duo, profondément ancré dans la vie de l’entité, n’a pas tardé à porter ses fruits.

 

Une deuxième vie pour des sites miniers

 

 

Ainsi, un espace industriel est d’ores et déjà prêt a accueillir un pôle de petites entreprises notamment spécialisées dans l’agroalimentaire.

 

Il s’agit d’un terrain ayant appartenu au charbonnage de Ste Eugénie, complètement rasé depuis pas mal d’années. Le cadre est bucolique : une vaste étendue herbeuse descend en pente douce vers deux étangs dont le pittoresque est agrémenté de quelques bouquets d’arbres. La possession de ces 2 pièces d’eau est le fruit d’un accord avec un propriétaire privé, les auteurs du projet global ayant à cœur de favoriser la beauté environnementale du site.

 

 

En bordure  du terrain, sur 2 côtés, l’horizon est constitué d’un massif boisé grimpant à l’assaut d’un très ancien terril, lequel  disparaît, de ce fait, sous un couvert dense de verdure. A l’extrême pointe, en plein ciel, la mignonne petite église du hameau de la Praîle, dresse son clocher comme une sentinelle veillant à la tranquillité des lieux.

 

Le succès de l’entreprise (dont le pouvoir subsidiant est le Service Public de Wallonie (SPW) et le pouvoir adjudicateur le Bureau Economique de la Province de Namur (BEP), est déjà au rendez-vous : sur 17 parcelles offertes aux investisseurs, 10 ont déjà trouvé acquéreurs !

 

Un autre site minier désaffecté est destiné, lui aussi, à remplir de nouvelles fonctions, celles de zone de développement. Il s’agit de terrains occupés jadis par le charbonnage de Bonne Espérance, à Moignelée. Situé en bord de Sambre, il dépend du Port Autonome de Namur. Il a désormais pour vocation de devenir un centre industriel de biotechnologie, basé sur l’exploitation forestière.

 

D’autres friches industrielles sont encore disponibles, dont un terrain appartenant à la Société St Gobain. Il faudra cependant attendre quelque temps, une dépollution des sols étant indispensable.

 

Précisons que l’ADL de Sambreville est gestionnaire journalière d’un bâtiment coquet, au nom bien ciblé, « Créasambre », accolé à l’une des entrées de l’actuelle entreprise verrière de St Gobain. Le propriétaire en est la Bureau Economique de la Province de Namur.

 

           

 

Créasambre abrite les locaux de l’ADL, ainsi que d’autres organismes. Sa fonction est résumée par les termes bien connus de « pépinière d’entreprises ». Les petites et très petites entreprises de Sambreville peuvent y disposer de bureaux à loyer modique, de salles de réunions et de conférences.

 

Des projets de ce genre, et d’autres à vocation touristique ou agricole, on peut en découvrir, sans aucun doute, aux 4 coins de la Wallonie. Mais il nous a semblé que le cas de Sambreville, étant donné un récent passé calamiteux, avait un caractère exemplatif.

 

Et nous serons toujours heureux de nous intéresser à des projets et réalisations administrant la preuve de la volonté de développement durable qui anime les  responsables communaux et, de façon plus générale, l’ensemble des citoyennes et citoyens de Wallonie.

 

Adresse de contact :

ADL de Sambreville

Créasambre

Rue des Glaces nationales, 169

5060 Sambreville

www.sambreville.be/adl

Michel Falesse

mfalesse@hotmail.com

0491/743.868

Laurent Warnon

laurentwarnon@gmail.com

0485/874.850

« Vivre en Wallonie » ASBL

* Communiqué du M.M.W.

Communiqué du M.M.W.

Beez (Namur), le 13 septembre 2011

 

Le Comité du Mouvement du Manifeste Wallon (MMW) s’est réuni à Namur ce mardi 13 septembre sous la présidence de Jean LOUVET.

 

I. Le Comité a suivi avec attention les négociations longues et complexes menées par M. DI RUPO

  1. Il constate que l’on y parle abondamment de la Flandre, de Bruxelles, de la périphérie bruxelloise, de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvoorde, matières hautement honorables ;
  2. il s’inquiète de ne voir discuter de l’avenir de la Wallonie et des Wallons qu’épisodiquement ;
  3.  il rappelle avec force qu’un accord qui se ferait sur le dos de la Wallonie, géographiquement, économiquement, socialement ou politiquement, serait par définition un mauvais accord ;
  4. Il répète également ses prises de positions précédentes pour que la Wallonie devienne enfin seule compétente pour sa culture et son enseignement, condition déterminante pour qu’elle puisse s’assigner et mettre en œuvre, dans la durée, un projet de développement global.
  5. Il insiste sur le fait que la culture wallonne est intrinsèquement sociale, que ce n’est pas par hasard si ce sont les Wallons, notamment Joseph WAUTERS et Léon-Eli TROCLET, qui ont mis au point la sécurité sociale non seulement en Wallonie mais dans tout le Royaume ;
  6.  Il réaffirme dès lors son attachement inébranlable au maintien pour tous de la même sécurité sociale ;
  7. Il souligne la patience du peuple wallon mais la patience n’est pas la résignation et il s’engage à être au premier rang d’une action de rejet de tout accord nocif pour la Wallonie.

 

II. Quant à l’abandon du poste de M. LETERME

  1. Il ne modifie rien quant à nos positions de fond ;
  2. il constitue une nouvelle preuve du mépris de dirigeants flamands pour la Belgique en général (dont il aggrave la situation sur le plan financier international), et pour les négociations en cours en particulier ;
  3. il nécessite plus que jamais l’union de tous les Wallons pour promouvoir leur avenir et celui de leurs enfants.

  


1 2 3 4 5 6   Page suivante